Le permis de détruire

07/05/2014 13:05

Le permis de détruire

Le Monde du 5 mai se fendait d’un article intitulé : « Le permis de conduire, trop lent, trop cher », dans lequel était détaillé un certain nombre de dysfonctionnements.

Le lecteur, pour peu qu’il ait eu à faire, directement ou pas, avec l’omnipotente institution, ne pouvait qu’approuver le texte, ainsi que l’article page 8, de Pascal Krémer.

Mais il me semble que rien n’est dit de l’examen lui-même et de la formation de ceux qui délivre le précieux sésame.

Tout d’abord les conditions de l’examen permettent de se poser des questions : 25 minutes pour donner ou non un document qui fera de la personne qui ne l’obtiendra pas une handicapée motrice, et quelquefois à vie, ça parait très léger !

Qui n’est pas d’accord pour reconnaitre qu’un diplôme donne une chance supplémentaire de se faire une place au soleil. Le bac, par exemple. Quelle valeur aurait-il s’il était accordé par une seule personne lors d’un entretien de vingt cinq minutes ! Aucune ! Or pour beaucoup de jeunes, le permis de conduire a encore plus d’importance que ce foutu bac. Il peut être vital. Et les conditions de son obtention paraissent d’une rare légèreté, donnant à l’examinateur un pouvoir exorbitant.

Il existe une science, la docimologie, qui étudie la valeur d’une notation. Elle conclue que dans la majorité des « examens » la subjectivité des examinateurs joue sur la notation un rôle si important qu’un tirage au sort aurait autant de pertinence. La plupart des résultats obtenus qui, grâce à leurs décimales donne une apparence de grande rigueur, ne sont en réalité que grossière approximation, qui déterminera réussite ou échec. Mais peu importe, l‘important est de sélectionner.

Mais je serais curieux  de connaître la nature de la formation d’un examinateur du permis de conduire ?

Voici quelqu’un qui se trouve dans le huis clos d’un espace confiné pour une rencontre éphémère avec une personne inconnue et qui a vingt cinq minutes pour juger si oui ou non la personne en question peut conduire une auto  sans mettre sa vie en danger ni celle d’autrui, il s’agit d’une situation exceptionnelle, surtout pour l’examiné, et qui mériterait analyse sérieuse.

Sachant que l’immense majorité des candidats a passé beaucoup de temps avec des professionnels qui gagnent, bien en général, leur vie à les former et qui  estiment que leurs élèves  sont en mesure de réussir, les vingt cinq minutes d’examen ne devraient être que simple formalité. Un coup de tampon pour officialiser l’aptitude à conduire, et le diplôme est acquis.

Ce serait si simple et si honnête.

Mais voilà, l’examinateur n’est pas un robot. C’est un fonctionnaire qui a un statut, et une réputation, et donc un salaire, à défendre. Alors que logiquement, les refus devraient être exceptionnels, tant l’immense majorité des candidats conduit correctement, mais ne pas en refuser un grand nombre, sans véritables  raisons, laisserait à vos chefs l’occasion de douter de votre utilité. C’est si vite fait de supprimer un poste par ces temps d’économies. Alors, il faut saquer ! Et puis, un examinateur, c’est quelqu’un de respectable et qui doit se faire respecter. C’est très important de se faire respecter dans un monde où chacun prend un malin plaisir à dézinguer son voisin ! Donc règle N° 1 du parfait examinateur : se faire redoutable. Il doit terroriser.

Mais voilà que si notre examinateur n’est pas un robot, s’il n’est pas que fonctionnaire, c’est quoiqu’il puisse paraître, aussi un être humain. Ça a des sentiments, un examinateur, des bons et des mauvais. Ça aimerait aussi être aimé. Ça ressent des choses, de la fatigue, celle d’être assis à longueur de journée, souvent de l’ennui, avec un travail si répétitif. Et puis, ça ne choisit pas son chauffeur, c’est du tout venant, pas du chauffeur de Maître. Et si, en d’autres circonstances, la personne assise là, à côté, vous aurait bien plu, il faut d’autant plus garder ses distances, mettre sa frustration dans sa poche, un mouchoir jetable par-dessus. Et même, facile, trouver un prétexte quelconque pour lui refuser le permis. 1, ça prouve qu’on sait ne pas céder à l’attirance, et 2, ça laisse une chance de revoir la personne.

C’est un métier difficile qu’être distributeur ou non de permis de conduire. Mieux vaut ne pas trop réfléchir, déjà que le métier est dur, si en plus il faut penser !!!