le respect des travailleurs et de leur travail ?

19/02/2015 16:14

 

 

Une journaliste de Médiapart, Rachida El Azzouzi, a publié hier, ce 8 février, un article explosif décrivant un ensemble de faits digne du début de l’industrialisation, où l’état du matériel humain importait bien moins que celui des machines et ne devait en rien entamer le profit financier.

Les faits dénoncés paraissent impensables dans un pays, la France, dont les dirigeants se piquent de tenir compte de l’aspect social, c'est-à-dire humain, que pose toute entreprise. Le Gouvernement est-il mal informé ou simplement complice de la malhonnêteté de l’Administration du Travail en Haute Savoie ?

Une des entreprises phares de la Haute-Savoie, filiale du Groupe SEB, la bien connue Tefal, qui équipe en casseroles et poêles de nombreuses cuisines, y compris étrangères, emploie 1800 personnes, c’est dire son importance, en pleine zone rurale.

Le problème : Madame Laura Pfeiffer, inspectrice du Travail, a constaté un fait grave : dans un atelier de décapage, les salariés sont exposés à l’Aluclean 250, un produit chimique de nettoyage dont les effets nocifs sur la santé sont largement connus et dénoncés par les élus du CHSCT depuis juillet 2013. Madame Laura Pfeiffer aurait pu verbaliser immédiatement l’entreprise pour faute grave, mais elle a préféré donner à l’entreprise un délai de un mois pour mettre en place un système de captage des polluants.

Mais la Direction de l’usine, aidée par le Medef local, les RG et le préfet et la complicité de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, contactent Philippe Dumont, le directeur départemental du Travail, supérieur direct de Laura Pfeiffer qui s’empresse, lors d’une entrevue menaçante, de désavouer son inspectrice.

Et l’inspection du travail accorde un délai de un an à l’entreprise pour respecter les normes de sécurité, entérinant le désaveu d’une inspectrice qui a tenté, malgré sa hiérarchie de faire honnêtement son travail.

. Beau cadeau pour l’entreprise, mais pas pour les salariés dont la santé restera menacée même si ces derniers tentent de se protéger individuellement.

Ces faveurs de l’administration envers des intérêts privés conduira madame Laura Pfeiffer à saisir le Conseil national de l’inspection du travail (CNIT). Le « conseil de l’ordre» de la profession reconnaîtra quelques mois plus tard le coup porté à l’un des fondements de la « police du travail » : l’indépendance de ses inspecteurs, garantie par la convention 81 de l’OIT (l’Organisation International du Travail).

Mais le harcèlement de ses supérieurs aura poussé Madame Laura Pfeiffer à y laisser sa santé.