Le Service civique, remède à l'apartheid ?

21/01/2015 10:41

 

Le service civique, remède à l’apartheid ?

Mardi dernier, en présentant ses vœux aux Corps constitués et aux bureaux des Assemblées, le Président de la République souhaitait que, pour 2017, les volontaires au Service civique puissent être tous accueillis, alors qu’actuellement, seul un jeune sur cinq, voit ses vœux se réaliser. 100 millions ajoutés au budget actuel devrait en permettre la réalisation pour 2017.

Avant même les années 90, Bernard Kouchner avait proposé qu’un service civique obligatoire soit instauré. Ségolène Royal avait inscrit ce projet dans son programme lors de sa campagne électorale pour l’abandonner par la suite.

En 2010, sous la Présidence de N.Sarkozy, Martin Hirsch alors Haut-commissaire aux solidarités actives, concrétise le projet, qui ne cesse de s’amplifier. La proposition séduit tant les jeunes qu’il n’est pas possible de répondre actuellement à la demande, d’où l’annonce de François Hollande.

 Mais est-ce suffisant ?

Actuellement, maints acteurs sociaux constatent l’atomisation de la société, le désarroi de bien des personnes, l’absence de points de repères chez beaucoup de jeunes, provoquant soit la solitude, soit la création de groupuscules sans liens entre eux et qui permettent à leur membres de survivre et pas toujours dans de bonnes conditions. Manuel Valls parlait hier d’apartheid.

Le 12 février 1996, Jacques Chirac annonçait la suppression du service militaire, mesure qui avait fait partie de son programme lors de sa campagne présidentielle et qui fut accueillie diversement. Beaucoup l’avaient souhaité, notamment les anciens appelés du contingent qui s’étaient trouvés  jetés dans une guerre, celle d’Algérie, qu’ils ne comprenaient pas et fut expérience désastreuse,  je crois, pour beaucoup. Ceux-là s’en réjouirent, mais certains – dont moi – craignirent que les jeunes n’aient plus l’occasion unique, souvent rude mais riche, de rencontrer d’autres jeunes, de conditions, de cultures, de milieux différents. Cette rencontre initiatique renforçait selon moi la solidité du tissu social.

Il m’avait semblé d’après ma propre expérience, que le service militaire, hors guerre, bien sûr, provoquait un brassage d’individus qui découvraient la richesse des différences et la solidarité, voire très concrètement la « fraternité », cette troisième vertu républicaine, qui s’expérimentait dans toute sa chaleur. J’avais eu la chance d’appartenir à une conscription qui n’avait à « faire » qu’un an. Six mois m’auraient paru amplement suffisants.

Ma question aujourd’hui, à la lumière des « événements », est de savoir si l’instauration d’un service civique obligatoire de six mois, pour tous jeunes, filles et garçons, ne permettrait pas de créer une véritable solidarité nationale, voire européenne, qui apprendrait à accepter les autres dans leur diversité et à trouver soi-même et plus facilement une place dans cette foutue société ?

Est-ce que le coût énorme d’une telle mesure, accueillir 350.000 jeunes tous les six mois et dans de bonnes conditions, ne permettrait pas au pays de retrouver son âme de manière durable, et pas seulement lors de faits exceptionnels, comme ce dimanche 11 janvier. Ce pourrait être un très bel investissement.