LEBENSRAUM

02/05/2017 15:42

Lebensraum

Rien de tel qu’une campagne présidentielle où ne restent que deux concurrents pour enfin mieux les connaître. J’avais de Madame Le Pen en particulier et du FN en général une idée approximative, sans doute un peu plus détaillé que celle que s’en fait un jeune citoyen qui n’a pas assisté à la naissance de ce parti. Mais en 2002, l’année où la finale présidentielle a vu Le Pen Père défendre son parti face à Chirac, les outrances du père ont suscité un tel rejet que Chirac a pris le report massif pour un plébiscite. Ce 7 mai 2017, la situation est différente. Macron est un inconnu qui provoque espoir ou crainte, Madame Le Pen, depuis 2011, s’est attachée à raboter sévèrement les aspérités du FN paternel, pour en faire un parti fréquentable. Or ces derniers jours de campagne, elle a entrouvert avec un grand sourire rassurant les portes du chenil où grondent  ses rottweilers. Le FN de papa est toujours aussi virulent, mais s’est fait plus subtil.

Qu’est-ce donc qui fait qu’une femme intelligente défende avec acharnement des idées si débiles ?

Je crois avoir compris.

Un reportage du « Monde » du 29 avril  rapporte la parole de Chantal, 48 ans, alsacienne de Traenheim, « Quand on a dans sa famille des anciens qui ont fait la guerre, on ne comprend pas que les gens puisse voter FN. » Or je n’ai pas fait la guerre mais l’ai subie, adolescent, et les événements de ces jours remue chez moi un passé inattendu, notamment ce souvenir qui a surgi, incongru, mais qui soudain a pris sens : Peu après la Libération, je suis allé voir une de mes sœurs, éducatrice au à l’hôpital psychiatrique de Ravenel, dans les Vosges, un de mes premiers contacts avec la folie. Or lorsque passant le long d’un bâtiment, derrière les barreaux d’une fenêtre, une femme m’interpela : « Oh le pauvre monsieur, il est prisonnier dehors. »

Cette phrase qui me marqua, me fait soupçonner  quelque chose du mystère qui a organisé puissamment la vie secrète du clan Le Pen et en fait son combat d’aujourd’hui : Hors des frontières de France habite LE MAL, le  GRAND SATAN. Le seul lieu d’amour et de sécurité est notre chère Patrie.

Les nazis sont partis à la conquête du monde pour permettre à la race aryenne, la race des seigneurs, trop à l’étroit dans l’Allemagne des années 20 et 30 de trouver son « Lebensraum », son espace vital, occupé par des sous-hommes dont il faut se débarrasser. Or ils ont été anéantis, et le peuple allemand a pu se reconstruire dans l’humilité et retrouver son bonheur et son unité, le Heimat.

 

Or c’est un phénomène opposé qui s’est passé dans le clan des Le Pen, très engagé politiquement dans les violents combats du père, lors de l’indépendance de l’Algérie. Le reflux obligé des pieds noirs à été vécu par les Le Pen, comme une mutilation injustifiable, une insulte inqualifiable, une trahison de la part de la métropole. Les colons, fer de lance de la France, témoins de la civilisation en milieu sauvage, ont dû se replier sur la métropole. Voyant leur espace vital se réduire drastiquement ils sont entrés en guerre pour reconquérir leur Patrie, lieu de leur origine et maintenant de leur survie. Leur objectif, prendre possession de la France, imposer leur loi, aux lâches métropolitains, repus, installés, méprisants, ignorant leur souffrance.

Leur heure a sonné. Marine Le Pen, présidente, c’est enfin la revanche et la liberté.