l'effroyable perversion

15/02/2017 14:51

 

 

Hier soir, dans l’irremplaçable 28 minutes d’ARTE, Elisabeth Quin orchestrait une discussion tournant autour du thème de « La vérité si je mens ! ».

 Il y apparaissait qu’une nouvelle ère s’ouvrait, celle où non seulement mensonges, fausses nouvelles, calomnies fleurissaient à l’état sauvage sur Facebook et autres supports, arrosés gaiement par des particuliers sans scrupules, mais que de telles distorsions des faits deviennent un élément banal de communication des Etats.

Ainsi du bureau ovale de sa blanche maison, Trump déverse officiellement sur les peuples des tombereaux de mensonges. Johnson gagne sa bataille du Brexit en véhiculant un énorme slogan mensonger. Les autorités policières françaises transforment un authentique viol en simple dérapage. Fillon, qui avait été élu lors des primaires de la Droite sur une réputation d’intégrité, doit reconnaître que, durant des années, il a accordé à des proches des salaires mirobolants payés par l’Etat et sans apporter la preuve d’un travail effectif…

Le contenu de l’échange n’avait certes rien de nouveau, le mensonge d’Etat s’est toujours pratiqué, mais son intérêt résida dans le constat de l’insolence avec laquelle le mensonge est aujourd’hui manié, ouvertement, sans se cacher, dans le but manifeste de décrédibiliser les faits, de saper les certitudes, de créer une confusion généralisée.

Reprenant l’expression des médias parlant d’une ère du « post-fait », les participants à la discussion ont, quant à eux, préféré nommer la distorsion d’« anti-fait ». Les slogans qui surgiraient d’un tel phénomène seraient alors : « Tout est faux… tout n’est qu’apparence… » à moins qu’une telle confusion ne conduise à imposer comme vérité une réalité inacceptable. N’est-ce pas ainsi que deux générations de millions d’êtres humains et la planète entière durant la seconde guerre, ont été écrasées par le stalinisme et le nazisme ?

Or ces deux catastrophes humanitaires paraissent être nées grâce à l’exploitation d’anti-faits. C’est évident pour le nazisme.

Ainsi quelques jours avant cette émission, ARTE a diffusé un documentaire sur la fabrication par les nazis du mythe de la race. On y voyait le travail de ceux qui inventait l’idée de race.

Certes, les nazis n’en ont pas crée le concept qui, selon Wikipédia, existait déjà dans l’Egypte  antique, et qui, par la suite, a été abondamment utilisé par les colonisateurs, blancs de préférence. Ceux-ci, désireux de s’approprier des territoires nouveaux et leurs richesses, ont eu tout intérêt à invoquer la notion de races : L’espèce humaine est subdivisée en diverses races, les vrais hommes, intelligents, beaux, inventifs, civilisés, et blancs de peau, évidemment, et les autres, les  « sauvages » noirs rouges ou jaunes de peau et aux mœurs barbares. 

Les classifications par race reposaient sur des caractéristiques évidentes, comme la couleur de la peau, la taille, la morphologie, le parler etc…

Les allemands, après la seconde guerre mondiale, ont trouvé dans la race prétexte à se reconstruire.

Suite à une série d’humiliations, notamment le traité de Versailles du 28 juin 1919 qui, pour les alliés, prit des airs de revanche, l’Allemagne qui a le sentiment de ne pas avoir perdu la guerre par les armes, vit ce traité comme un « Diktat », une humiliation insupportable, qui remplit de haine une grande partie de la population mais surtout un petit caporal nommé Adolph Hitler. Celui-ci se découvre des dons extraordinaires d’orateur et électrisant les foules, se met à rêver d’un empire pangermanique dont il a besoin d’asseoir la légitimité. Il va commander à un spécialiste la fabrication d’un anti-faits parfait, LA RACE.

Car, comme les habitants des pays voisins, les ennemis, voleurs de victoire, sont blancs eux aussi, Hitler doit inventer autre chose que la couleur de peau. Les légendes germaniques, ressuscitées par l’emphase wagnérienne, vont lui inspirer un objectif grandiose, reconstituer l’Empire pangermanique en reprenant les territoires qui appartiennent à la race pure, la race aryenne, et en en déportant les parasites ou en les réduisant en esclavage.

C’est Hans Günther, nommé professeur d’université grâce à l’appui du NSDAP, qui offre à Hitler les arguments apparemment scientifiques Il a publié un livre qui rencontre un grand succès : «La raciologie du peuple allemand » et, célèbre sous le surnom de « Rassengünther », Günther la race, il est couvert de décorations.

Günther a constitué des équipes de laborantins qui s’ingénient par moult mesures de crânes et autres particularités physiques à prouver l’existence des races inférieures à la race pure, aryenne. Hitler vient de trouver là le prétexte à éliminer le peuple juif qu’il abhorre et à se débarrasser de ceux qui le dérangent.

Les progrès de la science auront vite fait de prouver que l’existence de races n’a de réalité que chez les animaux domestiques dont on trafique le génome à des fins utilitaires et notamment pécuniaires. Or les instances internationales de spécialités diverses sont d’accord pour déclarer comme égaux tous les membres de l’espèce humaine.

La tentative d’Hitler à inventer chez les humains l’existence de races qui constitueraient une hiérarchie reste une aubaine chez ceux qui cultivent la tendance universelle à dominer et mépriser les autres. Pour preuve le succès encore rencontré en France chez les partisans du Front National qui s’appuient sur de tels « anti-faits » pour tenter d’imposer aux citoyens français une politique de repliement sur soi-même et de rejet des autres êtres humains, pourtant leurs semblables.

Le français de souche est un mythe. Vouloir faire de la France une nation endogame serait tenter de la défigurer. La France est multiculturelle, riche de sa diversité.