Lendemain de premier tour

24/04/2017 15:32

 

Je me suis réveillé assez tard, pour cause de soirée électorale, mais étonnamment heureux. Et pourtant nous avons perdu. Nous ? Tous ceux qui ont voté « Hamon ».

 Devant l’évidence pour moi de la sage folie du programme de Benoît Hamon, devant ce que je pressentais de l’intelligence et de la générosité de l’homme, je croyais naïvement que beaucoup d’autres citoyens partageraient mon opinion. Hélas non, mais il me semble que c’est le propre des précurseurs, de ceux qui sont en avance sur leur temps, de ne pas être de suite compris par leurs contemporains. J’aurais dû m’en souvenir. Bref, son score n’est que normal, c’est mon désir qui ne l’était pas. Donc, vu le contexte, 6.35 %, c’est quasi un exploit.

Mais nous avons eu chaud ! Une grande part de mon bonheur vient du sentiment d’avoir échappé à une catastrophe : 19.64 % + 6.35 % = 25.99 %  !

Si, par malheur, Mélenchon avait accepté les propositions d’alliance avec Hamon, mathématiquement, je crois, cette gauche-là serait en tête des suffrages, et disputerait la présidence à Emmanuel Macron.

Fort heureusement le fait que Mélenchon soit dans l’incapacité de partager le pouvoir, du fait d’un puissant ego qui lui interdit tout échange avec un alter ego, il n’allait pas faire alliance avec celui qui représentait le PS honni. Bien lui en a pris : La France n’a pas besoin d’une dictature. Les français ont donc choisi de reléguer Mélenchon à la quatrième place.

Une autre raison de ma bonne humeur réside dans le constat que le peuple français auquel je fais partie, malgré sa réputation de rationalité, possède un cœur tout empli de romantisme et de poésie. Il est éminemment sensible à la musique des mots, aux envolées lyriques que permet son langage. Nous, peuple français, flottons en pleine adolescence. Et c’est beau, prometteur d’avenir, mais aussi un peu terrifiant.

Des onze candidats, le peuple français n’a prêté son oreille qu’à trois des quatre premiers, qu’aux trois tribuns habiles, en fait trois aboyeurs : Macron, Le Pen et Mélenchon.

Le premier au classement a pris tout son monde par surprise. Surgi de nulle part, tel l’enchanteur Merlin, Macron transforma les tribunes en scènes de théâtre et déclama ses vers avec tant de professionnalisme qu’on les crut improvisés et sincères. Descendu droit du ciel, Emmanuel le bien nommé venait sauver la France. Son message céleste devait pour prendre corps attendre que pointassent les idées de la plèbe pour en faire une synthèse acceptée des mortels.

La seconde du classement, Marine, dont le patronyme bourlinguait depuis des décennies à la recherche de misère à instrumentaliser, n’avait pas à improviser. Le texte rodé, si bien connu de ses auditoires que ceux-ci pouvaient les réciter par cœur, les reprenant en chœur, disait essentiellement la haine de cet Autre, le métèque,  le sarrasin assassin, le voleur du travail dont personne ne voulait.

Le troisième tribun, Jean-Luc Mélenchon, incarnait son programme. Il était à lui tout seul le programme : « Insoumission », ne dépendre de personne, n’obéir à personne. Tous les autres sont pourris, sauf lui.

Et donc vous qui comme moi, Jean-Luc, ne supportez aucune autorité, aucune de ces institutions, l’Europe par exemple,  ou personnes qui vous exploitent, révoltez-vous ! Faites table rase de ce qui existe, de ces vieux politiciens professionnels qui vous imposent l’austérité alors qu’ils nagent dans l’opulence ….

 

Il sera intéressant de profiter de ce moment important de l’élection présidentielle pour tenter de comprendre les raisons de notre choix. Mouton bêlant ou citoyen responsable ?