L'ENSEIGNEMENT PREMIER

26/01/2015 18:41

L’ENSEIGNEMENT PREMIER

 

En mai 1968, à Lyon, nous avions ouvert un atelier parmi d’autres, au titre soigneusement choisi : l’enseignement premier.  Y participait un public  très diversifié, des enseignants des écoles du quartier, et peut-être de plus loin, des parents, des étudiants et notamment les élèves des quatre écoles normales, garçons et filles du Public, filles et garçons du Privé. C’était la première fois que les élèves de ces établissements se rencontraient, un évènement ! Sont venus assez régulièrement des inspecteurs primaires et des chefs de divers établissements. Il n’est pas impossible que Philippe Meyrieu qui à l’époque avait 19 ans et était instituteur l’année suivante, y ait participé.

Il nous apparaissait nécessaire de changer le qualificatif de cet enseignement, « primaire », à connotation péjorative, par « premier », synonyme pour nous de « fondamental ».

Par la suite, j’appris assez rapidement l’existence d’un certain Philippe Mérieu, responsable pédagogique du Collège Saint-Louis, à Lyon, grâce aux étudiants qui sortaient de cet établissement et qui voulaient écrire un mémoire sur des conditions d’études qui les avaient enchantés.

D’année en année, je fus témoin indirect de la qualité d’une pédagogie qu’on ne trouvait pratiquement pas ailleurs.

Puis, Philippe Mérieu devint un de mes collègues dans la section voisine de « pédagogie » alors que je pratiquais la « psychologie sociale ». Mais toujours par l’intermédiaire des étudiants, j’eus des échos élogieux non seulement de la qualité de son enseignement mais aussi de ses relations avec les étudiants. Pas étonnant que ce monsieur devienne une référence en matière de pédagogie et au-delà, et que, à présent « retraité », il se retrouve dans une page entière du « Monde » du samedi 24 janvier, pour faire le point après les « événements » : l’école participe-t-elle à la ghettoïsation ?

Plutôt que de commenter un texte que je trouve essentiel, je me propose de le prolonger en succombant à une tendance qui m’est souvent reprochée, mon penchant à l’optimisme, alors que Philippe Mérieu, plus lucide sans doute, envisagerait un avenir assez sombre.

Ainsi il me semble que le futur découpage des Régions et la promesse de leur véritable autonomie mettra fin au diplodocus qu’est l’Education Nationale et que celle-ci acceptera de jouer un rôle de coordinatrice respectueuse des différences régionales.

L’hyper-hiérarchisation actuelle disparaissant, s’allégerait le charge des hiérarchies locales qui ne viendraient pas infantiliser les enseignants qui, par conséquence, n’imposeraient pas à leur tour à leurs élèves le poids d’une autorité paralysante.

Si les Régions, libérées d’une pesante tutelle, en profitent pour ne pas tomber dans le même travers que Paris, et font enfin confiance aux enseignants, l’imagination prendra peut-être plus facilement le pouvoir et favorisera une créativité à tous les niveaux. Faire vraiment confiance a souvent été l’occasion de très heureuses surprises.

Peut-être aussi que chacun devenant plus responsable, réalisera le stupidité de ce mal chronique aussi malfaisant qu’Ebola : la rivalité entre établissements, secteurs, personnes, dont les élèves, et que l’école peut devenir un creuset de solidarité, un lieu de tissage d’un espace social d’où jaillira un sentiment fort d’appartenance. L’école peut ne pas être un lieu d’exclusion.

Et puis pourquoi ne pas profiter de ce texte pour relancer une idée qui chez moi vire à l’obsession. L’école qui est un lieu privilégié de formation ne devrait pas supporte qu’une ou un élève sortant jeune adulte du système n’ait pas, en plus des bases essentielles que sont lecture courante et la passion de lire, écriture évidemment, la logique que nous apportent les sciences, LE PERMIS DE CONDUIRE UNE AUTOMOBILE. Ce me paraît essentiel, et je pourrais développer. Avec examen du code de la route en CM2 (respect de l’autre et vivre ensemble), éléments de mécanique et conduite de véhicules sans permis, puis le sacro-saint permis de conduire qui ouvre à l’autonomie et à la liberté, et souvent condition pour trouver un emploi.

Et puis, et puis, épuisant … à présent je suis retraité, alors place aux jeunes et bon vent !