Les animaux malades de la peste

04/12/2015 14:20

 

Naomi Klein, dans une intervention diffusée par Médiapart ce début décembre 2015  demande, pour sauver la planète, la création de « véritables démocraties ».

En ce qui concerne la France, de nombreuses personnes dont des chercheurs patentés, comme ceux qui ont exposé leur point de vue aux journées de cet été à Arles, reconnaissent que la France qui se dit vivre un régime démocratique et se donne souvent comme référence en ce domaine, n’est pas une démocratie. Ce qui ne veut pas dire que tout fonctionne mal, qu’elle est une dictature, non, certes, et, espérons le, pas encore, mais LA FRANCE N’EST PAS UNE DEMOCRATIE.

Quand la Chambre des députés n’est occupée que par une seule personne, Jean Lassalle, dont la qualification professionnelle est modeste puisqu’il se déclare « ouvrier agricole », alors que l’immense majorité des députés est cadre, et surtout cadre supérieur, on ne peut pas dire que cette chambre soit représentative de la totalité du peuple français.

Il n’est pas question, par cette opinion, de remettre en cause l’honnêteté et la bonne foi des dits-députés. Nul doute que chacun s’est engagé à travailler dans l’intérêt de la France et pense avoir les bonnes idées pour y parvenir. Mais comment peut-on oser nourrir une telle pensée quand chaque seconde de sa vie, et pour beaucoup, depuis des générations, un député vit dans un large confort dont les réseaux amicaux lui épargnent le souci de l’avenir d’enfants  qui, quelle que soit leur qualification, verront s’offrir à eux une perspective professionnelle intéressante.

Large confort de ces députés, à la parole facile, qui se plaignent du travail harassant, d’une tâche qui consiste souvent à suivre attentivement des débats soporifiques et à tenter de se faire entendre. La pénibilité de l’effort fourni les conforte dans leur utilité et leur donne bonne conscience, les empêchant d’imaginer un instant le vide abyssal, le sentiment de gâchis et d’inutilité que vivent 2,941 millions de chômeurs, surtout jeunes car n’ayant jamais eu l’occasion de prouver leurs grandes capacités.

Large confort de ces députés qui ne savent rien du souci qu’a la majorité des foyers à calculer au centime près un budget mensuel étriqué, sinon misérable. L’observatoire  des inégalités donne entre 5 et 8 millions de pauvres en France en 2015. Même si l’on se contente du nombre inférieur, lorsque l’on sait l’écart qui sépare ces personnes des ressources des riches, ce constat  est à lui seul la preuve que nous ne vivons pas en démocratie dont l’une des vertus est l’égalité.

Large confort quant à l’avenir de ces députés dont la retraite leur assurera une vieillesse insouciante, alors qu’un grand nombre de leurs concitoyens devra se contenter à soixante cinq ans d’une retraite de 600 euros. Et si ces députés deviennent âgés et dépendants, ils ne seront pas à la charge de leurs descendants car ils pourront aisément payer les 2.500 euros mensuels exigés par les maisons de retraite spécialisées.

Cette litanie des avantages dont bénéficient ceux qui sont censés représenter le peuple français et qui les disqualifie est sans doute incomplète.

Or cette aberration pour un pays qui se dit démocratique n’est pas la faute aux députés eux-mêmes, mais à leur sélection qui fait de la France une oligarchie bourgeoise.

Certains spécialistes prônent, non des « élections » qui signifie « choix » mais le tirage au sort. C’est ce qui me paraît juste et tout à fait réaliste.

Car si choix il y a, quels en sont les critères ? Est-ce la gueule de premier communiant d’un Laurent Wauquier auquel on donnerait le bon dieu sans confession ? Ou celle de Nathalie Kosciusko-Morizet, figure de mode fumant un pétard en compagnie de clodos ? Est-ce donc avant tout l’apparence physique dont on connait l’importance primordiale dans le bisness de la communication. Ou, ou… ?

Ou bien beaucoup l’argent ? Car de fait il est question de vendre des candidats comme des paquets de lessive. C’est, dans notre système celui dispose du plus d’argent qui sera choisi. Car qui dit argent dit capitalisme, et le triomphe des escrocs. Nous en avons eu  récemment un désastreux exemple.

Ainsi donc, notre système actuel « électif » interdit toute démocratie. Hollande avait beau avoir un idéal de Gauche, il est réduit à l’impuissance. Son bilan est déplorable, notamment quant au chômage. Et nous nous en rendons compte dramatiquement.  

Le seul changement est en train de venir du peuple, des pauvres, des « petits », qui en ont assez de leur misère, de leur insécurité, de leur absence d’espoir. Alors, en désespoir de cause, ils vont voter FN. Et ce sera logique !

Et peut-être excellent.

Car si le FN prend le pouvoir, enfin « petits et grands » goûteront à la peste. Ils sauront ce qu’est un pays où règne la haine, la délation, les camps de concentration. Nous retrouverons de ces années de plomb où la moindre parole, où un écrit comme celui-ci, vaudront cachot ou poteau d’exécution. Le pied ! Les héros se sentiront vivre en mourant. La autres collaboreront et en tireront profit. Peut-être même deviendront-ils riches ?

Un bien mauvais moment à passer, mais qui passera.

Le Pen a dit : « ne pas voter pour moi, c’est choisir la charia ! ». La charia ou la peste. Voici donc le choix que, de très mauvaise foi, elle propose.

Il y aurait bien sûr un autre choix : que Hollande profite de sa réforme de Constitution pour fonder les conditions d’une véritable démocratie. Mais il est trop tard.

Il va falloir subir pendant quelques années l’enfer pour créer enfin, non un paradis, mais simplement une république. Et ça, c’est immense !