Les électeurs du FN

28/10/2015 14:36

Je suis comme beaucoup de personnes, atterré par le succès apparemment actuel du FN.

 J’essaie d’en comprendre la raison.

Ce succès tient, je crois, du désarroi de beaucoup de citoyens de condition modeste, financièrement parlant. Car en ce qui concerne leur culture, il me semble que, par manque de moyens, elle  s’alimente de petites mais authentiques joies et se concentre sur l’avenir incertain de leurs proches, et avant  tout, de leurs enfants. Or, voyant arriver de nulle part de pauvres hères,  étranges car ne parlant pas leur langue, ne croyant pas au même dieu, et surtout encore plus pauvres qu’eux, ils prennent peur.

Ils craignent que cette société pourtant riche les oublie un peu plus, et se donne bonne conscience en favorisant  ces miséreux qui ont tout perdu. Ils se sentent un peu plus délaissés, et même méprisés pour ce que les pourvus appellent leur égoïsme. Ce mépris alimente un peu plus leur colère et renforce le sentiment que seule les comprend une Marine Le Pen.

Or ces personnes voient les enfants de familles cossues, bardés de diplômes, entrer facilement dans la vie active, reconnus et accueillis par les amis de leur milieu, pourvus de lettres de recommandation, et de suite, absorbés par de multiples projets, plus agréables les uns que les autres, dont une auto luxueuse, un habitat confortable.

Pour ces enfants des autres, les nantis, nés une cuiller d’argent en bouche, pas de problème. Leurs parents peuvent suivre avec attendrissement  leur carrière, sans soucis. Et donc, relativement heureux, ce ne sont pas ces citoyens-là qui vont voter  FN. Satisfaits de la vie qu’ils mènent, ils souhaiteront que rien ne change, que ça continue. Ils tenteront d’élire des gens de leur milieu, nantis tout comme eux, qui donc les représenteront bien. Ils voteront pour les candidats de la Droite dite modérée à la Gauche.

Voilà en ce qui concerne l’attirance pour le FN d’une grande partie  du peuple du Nord-Pas de Calais.

Quand à l’attirance des électeurs de PACA, l’explication reste moins évidente.

Michel Gairaud, dans le  « RAVI » essaie lui aussi de comprendre.

Il se réfère à deux politologues,  Daniel Van Eeuwen (prof à l’Iep d’Aix-en-Provence) et Jean Viard (directeur de recherche au CNRS, au Centre d’étude de la vie politique française). « La région PACA selon les deux chercheurs, a tous les « atouts » pour être solidement FN : « très urbaine, à forte population peu diplômée traditionnelle, majoritairement peuplée d’arrivants récents, très déchristianisée depuis longtemps, région frontière... ». Avec une précision d’importance : contrairement aux apparences, le vote FN « peut-être plus corrélé au taux communal ou régional des non-natifs qu’à celui de l’immigration transfrontalière ». En clair, dans une région où la majorité des électeurs ne sont pas nés, « il arrive que le rejet de l’immigré bronzé ne soit que l’explicite du rejet de l’arrivant tout court, en particulier Français du Nord plus diplômé et plus aisé » (1 million de nouveau nordistes en 40 ans !). »

Autrement dit, ce sont les « non actifs », personnes âgées, nées au pays, qui voient arriver d’un mauvais œil l’invasion de tous ces étrangers plutôt aisés, bronzés ou pas.

Michel Gairaud poursuit sa recherche en consultant le travail de «  Frédéric-Joël Guilledoux, journaliste à  « Marseille l’Hebdo » (qui) se livre lui aussi à une radioscopie précise du phénomène FN. Dans « Le Pen en Provence » (éditions Fayard), il synthétise (300 pages tout de même) quinze ans d’un travail minutieux sur l’extrême droite dans le Sud de la France, ses racines, ses ramifications, la gestion de ses bastions. On ne retiendra ici qu’un aspect de cette enquête : les pages consacrées aux « liaisons dangereuses », depuis vingt ans, entre le camp républicain et le FN. A droite tout d’abord. La Provence, depuis les accords d’Evian mettant un terme à l’Algérie française, est « farouchement anti-gaulliste de Marseille à Nice ». Le Front national est né sur les décombres du rêve colonial français. A l’image de Guy Teissier, député UMP marseillais, ancien militant dans sa jeunesse d’Unité nationaliste (un groupuscule d’extrême droite qui donnera naissance à Occident puis à Ordre nouveau), les passerelles idéologiques entre droite et extrême droite sont, de longue date, nombreuses en PACA. L’épisode de la cogestion, en 1986, entre Jean-Claude Gaudin et le Front national pour gouverner la région n’était pas le fruit du hasard ou du seul opportunisme politique. « Les hommes de Le Pen, je les connaissais par cœur : ils venaient tous de la droite ». Même depuis 1988, et la condamnation officielle par le bureau du RPR de toute alliance avec le FN, la machine à recycler militants et élus d’extrême droite, fonctionne à fond en PACA. Par « pragmatisme », par cynisme, la gauche, pourtant idéologiquement opposée à l’extrême droite, a elle aussi joué aux « liaisons dangereuses ».

Benoit Deshayes, 26/05/14 16:36, sur Linternaute.com note que :  « Les fiefs du FN sont principalement des villes du Sud-Est et du Nord de la France.

Nice est ainsi la ville de plus de 50 000 votants qui s'est le plus prononcée pour le FN. Composée historiquement d'une importante communauté pieds-noire, la ville, administrée par l'UMP Christian Estrosi, a toujours voté à droite et fait régulièrement partie des villes où le FN enregistre de bons scores… Dans les villes comptant entre 30 000 et 50 000 votants, c'est Toulon, autre ville du Sud-Est, qui enregistre le plus de vote FN, suivie par Nîmes… »

Europe1Par Camille Girerd et L.H. Publié à 08h03, le 26 octobre 2015, Modifié à 08h48, le 26 octobre 2015 La tête de liste FN en  Paca est largement devancée par Christian Estrosi dans l'électorat des plus de 65 ans.

Ils seront au cœur du duel entre Marion Maréchal-Le Pen et Christian Estrosi en Paca, où le match des régionales s'annonce très serré. Les seniors, électorat décisif, font pour l'instant défaut à la tête de liste du Front national, au coude-à-coude dans les sondages avec son adversaire Les Républicains, et loin devant le socialiste Christophe Castaner.

Les seniors votent Estrosi. Dans le sondage Ifop pour Europe 1, iTélé et La Provence révélé la semaine dernière, Marion Maréchal-Le Pen devance de peu Christian Estrosi au premier tour, avec 34% des intentions de vote contre 32% pour son rival. Mais chez les plus de 65 ans, il n'y a pas photo : 51% d'entre eux déclarent vouloir voter pour le maire de Nice au premier tour. La candidate FN est très loin derrière, avec seulement 17% d'intentions de vote chez les personnes âgées.

"Quand je les vois sur les marchés, ça se passe bien". Marion Maréchal-Le Pen a bien conscience du problème et compte bien s'attaquer à ce dernier bastion qui lui résiste. La députée juge "irrationnel" le vote des personnes âgées. "Quand je les vois sur les marchés, ça se passe bien, ils me disent qu’ils m’apprécient, mais aussi qu’ils ne voteront pas pour moi", confie-t-elle. Leur argument : ils ont toujours voté RPR...

La sortie de l'euro leur fait peur… ».

 

En résumé, les spécialistes nous expliquent pourquoi un gros tiers des votants du Nord-Pas de Calais et de PACA choisissent le FN.  Ils attribuent leur appartenance principale à des milieux modestes, surtout de milieu ouvrier, touchés par la grande précarité et le chômage, et qui éprouvent un profond sentiment d’injustice, supportant mal de voir l’aisance des deux tiers des autres votants que leur paraissent favoriser les autres partis.

Mais s’ajoute en PACA, cette spécificité qu’est la grande implantation au pays du soleil des pieds noirs, profondément hostiles aux tenants du gaullisme, à l’ancien RPR, à la Droite, et qui se sentent visés par une Gauche qui a vu leur rapatriement comme la juste fin du colonialisme.

 

Autrement dit, ceux que le FN rassemblent sont des personnes insécurisées, habitée de rancœur,  ou nostalgiques, pour ne pas dire rancunières, d’avoir perdu « leur » Algérie chérie. Ce pays a été à l’origine du combat acharné de Le Pen père, qui a pris pour emblème de son mouvement une flamme bleu-blanc-rouge, derrière lequel sont venus se ranger beaucoup d’insatisfaits.

 

Nul ne peut contester la violence du ressentiment des ces citoyens français qui les pousse à se regrouper. Mais est-ce que cette union suffit à mettre fin aux injustices ?

 

Le FN semble dire : « Venez à moi, vous tous qui souffrez ! » mais ne propose que haine à partager.