Les média français sont-ils particulièrement démagogues

07/11/2014 14:46

Voici bien longtemps que je ne suis allé sur TF1 que j’estime racoleuse. Mais je voulais voir ce que notre Président avait à nous dire pour son rendez-vous à mi-mandat. J’ai trouvé que ceux qui estiment que ce monsieur est mou, indécis, velléitaire, ont tort une fois de plus. On peut lui trouver d’autres défauts, notamment celui d’avoir l’aspect physique de tout le monde, et non l’arrogance de ceux qui jouent les chefs, pourquoi pas. Dans un univers où l’apparence est devenue plus importante que les qualités intellectuelles et morales, c’est effectivement un argument qui pèse lourd et qui contribue sans doute à expliquer une pitoyable cote de popularité. Ceci dit, ce ne peut pas non plus être un critère de crédibilité, au moment où être « normal », c'est-à-dire dans les normes statistiques, dans la bonne moyenne, est peu rassurant à mes yeux, au vu du comportement général de la population qui me semble manquer de courage et de pugnacité, attendant les bonnes solutions des autres, à condition que ceux-ci ne viennent pas de l’étranger.

Ainsi, j’ai trouvé que François Hollande sait ce qu’il veut et le fait savoir, bien que nombreux soient ceux qui font mine de ne pas comprendre. Lorsqu’une personne vous est d’emblée antipathique, quoi qu’elle dise, vous aurez largement de quoi la critiquer. Les mêmes qui lui reprochaient de ne pas être un chef, l’accusent à présent de dictature. Les historiens qui étudieront notre époque auront de quoi s’amuser à analyser les propos souvent incohérents et contradictoires de divers commentateurs et donneurs de leçon. C’est vrai que dans les média, la concurrence est rude, mais ça n’est pas une raison pour balader les citoyens.

Mais si je reviens à l’émission elle-même, je dois avouer que la première partie, celle des échanges avec les quatre personnes sélectionnées, ne m’a pas rassuré. Les problèmes exposés étaient certes représentatifs de situations vécues par beaucoup, mais, le Président me parut avoir réponse à tout, rassurant apparemment ses interlocuteurs.  J’eus l’impression de déjà vu, c'est-à-dire de quelqu’un qui donne les bonnes réponses théoriques lors d’une étude de cas, mais réponses qui dans la pratique ne fonctionnent jamais. L’idée est louable mais s’effondre face à la réalité.

L’aspect utopique des réponses nr fut pas pour me rassurer.

Par contre la seconde partie, si elle ne m’apprit pas grand-chose de nouveau, clarifia ce qui fait que j’ai toujours confiance en cet homme : François Hollande n’est pas un démagogue. Il n’a pas postulé cette fonction pour faire plaisir au public, mais parce qu’il avait une idée assez précise de ce qui pouvait redresser la France. Même si, selon moi -  et c’est peut-être là sa plus grave erreur – il a gravement sous estimé la gravité de la situation du Pays que lui a transmis son prédécesseur. « Je travaille pour mon successeur ! » a-t-il précisé. Sous entendu afin que lors du prochain mandat, le futur président trouve la France enfin debout, et plus moribonde.

Et je crois qu’il a décidé de faire durant son mandat tout le sale boulot, celui que personne avant lui n’avait osé faire, tant les mesures prises ont été impopulaires. Et la Président a énuméré les réformes importantes auxquelles il s’est attaqué. C’était la première partie de son mandat. La seconde devrait être plus facile pour les concitoyens : puisque personne, a-t-il promis, ne paiera plus d’impôt, et que les mesures entreprises ou encore à venir commenceront à produire leur effet.

Pour moi, cette dernière partie m’a effectivement convaincu, au grand désespoir des oiseaux de mauvaise augure, que Hollande peut réussir son énorme pari.

Ainsi pour MYTF1 : « Le président de la République n'a pas raté sa prestation dans un format d'émission pourtant inédit et sans complaisance. Pas sûr toutefois que les Français comprennent mieux où il veut les emmener. »

 

 

L’Obs quant à lui parle pour les autres, regrettant probablement Sarkozy  : "Qu'est-il donc allé faire dans cette galère ?" La plupart des éditorialistes n'ont pas été convaincus par l'intervention du président. Certains lui reconnaissent toutefois "une certaine honnêteté". Pas l’Obs, donc ! et d’ajouter :

"Encore raté !" "Hollande n'incarne pas la fonction." "Quel aveu ! Quel constat d'incapacité !" Le face à face télévisé de François Hollande avec des Français, sans précédent depuis son élection à l'Elysée, n'a pas convaincu la totalité des éditorialistes, qui critiquent autant la forme que le fond de l'émission de TF1. Certains reconnaissent toutefois "une certaine honnêteté" et une détermination

 

Quant au Point,fr il fait parler à sa place la présidente du FN La présidente du FN : « Marine Le Pen, a qualifié vendredi d'exercice totalement raté" la prestation de François Hollande jeudi soir sur TF1 et RTL. "J'avais l'espoir que quelque chose sorte de cette émission d'hier, je n'irai pas par quatre chemins : nous avons assisté à un exercice totalement raté du président de la République", a déclaré Marine Le Pen au siège de son parti, à Nanterre. »

Ainsi, mine de rien, le point exprime tout le bien qu’il pense de François Hollande tout en faisant la promotion de Marine Le Pen, dont les idées semble lui plaire de plus en plus. Quand on veut cracher, il est important de connaître la direction du vent.

Libération, se montre plus indulgent que ses collègues et fait porter à  la forme de l’émission l’échec du rendez-vous avec les Français.

«LES CONDITIONS D’UN VRAI DIALOGUE AVEC DES FRANÇAIS ORDINAIRES N’ÉTAIENT PAS RÉUNIES»

Le Figaro ne nous étonne pas en bottant en touche :

« Sur la défensive, le chef de l'État se présente comme un homme au «cuir tanné» »

‘Cible de violentes critiques depuis plus de deux ans, François Hollande a tenté, au cours de l'émission de TF1, de se poser en président solide dans la tempête. »

 

Mais ce que j’ai trouvé superbe, c’est l’élégante façon qu’a trouvé « Le Monde » pour assassiner le chef de l’Etat tout en s’offrant  Marine Le Pen comme envoyée envoyée spéciale :  

« Marine Le Pen n’a vraiment pas apprécié la prestation télévisuelle de François Hollande, jeudi 6 novembre sur TF1. Pour la présidente du Front national, le chef de l’Etat a alterné entre « pitoyable », « grotesque », « totalement à côté de la plaque » et « déconnecté de la réalité ».

« C’était le plaidoyer désespéré d’un président qui se justifie sur tout, les frites, sa cravate… », a notamment déclaré Mme Le Pen lors d’une conférence de presse au siège du FN à Nanterre, vendredi 7 novembre. Elle a également fustigé« l’affaiblissement de la fonction présidentielle ».

Selon elle, M. Hollande n’a annoncé aucune mesure concrète sauf le service civique universel qu’elle a résumé en une formule lapidaire : la mise en place d’un« travail obligatoire ».

 

Après un tel défilé de commentateurs, se faisant passer pour experts alors qu’ils me semblent n’être que des conducteurs de voiture roulant dans un tunnel avec des lunettes de soleil et se mêlant de donner des leçons de conduite, peut-on s’étonner d’une cote de popularité jamais vue. Celle-ci n’est-elle pas que la conséquence du bourrage de crane systématique de la part de la quasi totalité des media ? La démagogie me semble bien être dans ce camp.