Les racines universelles et naturelles de la xénophobie

21/01/2018 12:06

 

Conrad Lorenz, l’un des fondateurs de l’éthologie, cette science qui étudie le comportement des espèces animales, avait mis en lumière l’impact déterminant de l’environnement dans les premières heures de vie des petits d’oies sauvages. Il révélait ainsi qu’un ensemble de stimulations habituellement présent lorsque l’oisillon éclot va permettre à cet individu de mener la vie normale de son espèce, mais il a prouvé, par contre, que si cet environnement est modifié pour une raison quelconque, c’est toute la vie de l’individu qui risque d’en être affectée.

Ainsi, chez les êtres vivants, l’univers du nouveau-né va se construire définitivement dans un laps de temps réduit et précis. Qu’un dérèglement intervienne lors de cette brève période, et ce sera le comportement futur de cet individu qui sera modifié.

En se substituant physiquement à  l’oie nourricière, Lorenz se fit adopter par la famille oisillon.  S’établirent des relations quasi parentales entre les animaux et l’expérimentateur, et la vie sociale des oies devenues adultes en fut modifiée. La petite troupe d’oies adoptées suivait partout leur modèle, Conrad Lorens, comme le font habituellement une couvée d’oies sauvages dans la nature.

Depuis, les progrès technologiques de la science et notamment moléculaires ont enrichi la compréhension des mécanismes de développement du vivant en découvrant le génome, et tout récemment, en en nuançant le fonctionnement par la révélation de changements possibles, éventuellement transmissibles, grâce à « l’épigénétique », comme l’explique une chercheuse , Isabelle Mansuy ,de l’Université de Zürich, lors d’une conférence récente.

https://www.franceculture.fr/conferences/universcience/peut-souffrir-des-tragedies-vecues-par-nos-ancetres

Chez les humains, lieu de naissance, climat, paysage, bain sonore, famille, langue, ethnie, culture,  art, religion, communauté, classe,  façonnent l’individu humain, lui créent son « familier », ses habitus, ses proches et ses lointains, autant d’éléments qui peuvent produire des normes. Et plus l’individu s’éloigne de son lieu d’origine, plus il découvre du nouveau, de l’inhabituel, du surprenant, voire de l’inacceptable, finalement de l’inquiétant.

Si la Nature a pourvu le vivant d’un génome qui va lui permettre de mener une existence relativement prédéterminée, prévisible, il en va autrement de l’espèce humaine qui échappe à un déterminisme rigoureux de par la plasticité que lui confère sa grande immaturité infantile. Cette plasticité se manifestera tout au long de la vie, c’est ce qu’on appelle « la culture ».

D’où la part belle à « l’éducation permanente », et, entre autre facteurs, à la politique.

Car là intervient la responsabilité du politique :

ou le politique se contente de gérer la vie des humains selon le penchant naturel pour la facilité, pour un déterminisme génomique qui voudrait que rien ne vienne troubler la répétition et le confort du connu, des habitus proches de son lieu d’origine, chassant encore plus loin de soi tout ce qui est lointain, étrange, étranger,  a-normal, l’immigré par exemple,

 Ou le politique ose cultiver les champs nouveaux aux  produits exotiques, aux saveurs inconnues, aux expériences inédites, à l’immense variété des richesses inconnues mais pourtant si humaines et si belles, parsemant la planète Terre,ce que ne peut connaître le peuple qui, responsable de la bonne marche du quotidien, dans la répétition sans cesse renouvelée de l’action maîtrisée, reste fixé à sa terre.

 Cette seconde pratique se nomme « la CULTURE ».

Le politique est totalement responsable de cette dimension-là qui fait l’originalité, la spécificité de l’humain. Sinon, il faillit à sa tâche.

Or c’est ce qui se passe aujourd’hui, en France.

Les politiciens actuels engluent le peuple dans la facilité de la répétition, du connu, de l’entre-soi. Ils caressent le commun dans le sens du poil de la peur, du repli, du refus de cet autre inquiétant qui ne partage pas les mêmes valeurs que lui, y compris ses défauts. Les politiciens actuels conduisent le peuple de France vers sa disparition. Non seulement ils altèrent le cerveau des citoyens en leur ôtant le goût de la recherche, mais ils assèchent leur cœur, eux qui avaient appris à être généreux et ouverts à l’Autre.

Honte aux politiciens français.