L'insoumission

07/01/2015 11:14

 

On parle de son contraire en ce moment et en l’évoquant, je parais m’y soumettre moi aussi. Et si n’ai nullement le désir de lire « la soumission » de Michel Houellebecq, je ne pense pas que ce soit par réaction à ce roman, mais parce qu’ayant lu jusqu’au bout l’un de ses précédents romans, je n’ai pas spécialement accroché. Il y a des auteurs qu’on aime, d’autres qui vous laissent indifférents sans que ce soit méconnaissance de leur talent, et Houellebecq ne semble pas en manquer. Chahdortt Djavann, une écrivaine iranienne le reconnait, et s’exclame « Du grand art ! » mais en précisant : « Je ne parle pas du roman mais de son lancement, qui est une parfaite réussite: tout le monde a été invité à en penser quelque chose avant de l'avoir lu! La critique a précédé l'œuvre, lui ouvrant une voie royale et lui offrant un accès triomphal au domaine réservé des grandes polémiques politiques et littéraires. »

Suit une analyse du roman et de son auteur que je trouve tout à fait pertinente (le Figaro ) et qui doute que les femmes françaises se soumettent sans protester à un pouvoir islamique qui leur imposerait port du voile, polygamie et autres gâteries. Cette personne semble savoir de quoi elle parle, elle qui a écrit un pamphlet, « Bas le voile ! » pour dénoncer la condition féminine imposée dans son pays.

En ce qui me concerne, je suis heureux de lire les nombreux commentaires ou scripts d’interview qui me dispensent de me reporter à l’original. Il en ressort que je suis très surpris des remous qu’une telle œuvre semble provoquer. D’abord, ce n’est qu’un roman, et un roman, selon Houellebecq, ça n’a pas d’influence. En cela je ne serais pas d’accord. Je crois que chacune des personnes qui ont le bonheur de ne pas être analphabètes, se souviennent de certains romans qui les ont marquées durablement et qui ne peuvent pas ne pas avoir eu d’incidence dans leur vie et celle de leur entourage. Mais il est vrai que le roman lu d’Houellebecq ne m’a laissé qu’un vague souvenir.

Et je ne sais pas si le débat provoqué par ce roman là me marquera durablement, car je ne vois vraiment pas où est le problème. Qu’un président de la République française soit, en 2022, musulman me paraît plausible et pas spécialement scandaleux. Chaque citoyen français est libre de ses opinions, peut se adhérer à une religion, et donc pourquoi pas islamique, à partir du moment où il respecte les principes de la République et notamment la laïcité libérale qui est la nôtre et non la laïcité sectaire de certaines mouvances de droite.

Que Houellebecq en fasse un cauchemar, 1. Ça se vend bien, 2. Peut-être est-il particulièrement tourmenté par de telles obsessions, 3. Où aime-t-il se faire peur et faire partager ses frayeurs solitaires. Pourquoi pas ! C’est aussi ça la « Liberté » permise par notre République qui lui prouve ainsi qu’elle n’est pas si morte qu’il veut bien le dire. Si elle était morte, il se retrouverait peut-être sans papier ni crayon à se délecter de sa misère derrière des barreaux à attendre avec impatience de sortir pour en faire un roman. Mais pour ça, il faudrait que d’autres lui rétablisse une République qu’il aurait contribué à tuer, au moins fantasmatiquement.

Alors ? Réjouissons-nous que de bonnes âmes nous maintiennent en éveil et nous rappellent que, même si le commun des mortels a du mal à l’imaginer, le pire est toujours possible.