Madame Merkel sous la pression de son peuple

10/07/2015 01:32

 

C’est avec  l’image d’une Merkel coiffée d'un  casque à pointe que le  quotidien allemand, Bild Zeitung, du 7/7/2015 a illustré le désir de ce qui paraît être la majorité du peuple allemand d’inciter leur Chancelière à rester intransigeante vis à vis du peuple grec.

La Grèce doit payer sa dette, sinon qu’elle sorte de l’Union européenne, et le OKI du référendum  signifie pour le journaliste du Bild que les grecs font clairement le choix d’en sortir.

Le journal interprète le OKI du référendum comme le choix de la Grèce de sortir de l’Union Européenne. Et il estime (est-ce de l’humour noir ?) que c’est très bien ainsi. En dévaluant leur monnaie, les grecs exporteront facilement leurs produits, accueilleront  des foules de touristes, et leur économie repartira. Que demander de mieux.

Le journaliste prend le soin de ne pas ajouter ce qui paraît évident : « Et nous, allemands qui sommes rigoureux et ne faisons pas n’importe quoi, serons bien débarrassés ! »

Le débat de ce soir sur Médiapart concernant entre autre le paiement de la dette a fait le constat accablant de  l’absurdité de cette dette totalement impossible à rembourser, mais surtout que cette dette était le résultat d’un vice structurel de l’Union Européenne.

L’Europe, malgré ses bonnes intentions, de celles dont est pavé l’enfer, est un monstre sans âme, une machinerie dictatoriale au service de la grande finance et des nations riches, notamment bien sûr l’Allemagne.

Quelle va être l’attitude de la Chancelière, prise entre l’exigence de son peuple de bouter hors d’Europe un peuple qui contrairement à cette technocratie est un modèle de démocratie et la demande des autres démocrates européens de se modifier profondément pour permettre de pratiquer la solidarité. Ces jours en sont l’occasion.

Ça n’est plus seulement à Madame Merkel que s’adresse la supplique de mon billet précédent mais au peuple allemand et à ceux qui partageraient ce qui semble être son vœu : faire payer au peuple grec des dettes qui ne sont pas les leurs.

L’économiste, Thomas Piketty, a rappelé à la Chancelière que l’Allemagne n’a pas payé ses dettes extérieures considérables après le deux grandes guerres. Et que de grands hommes d’Etat  ont eu l’idée géniale de construire une Europe qu’ils ont espérée de fraternité. Ils ont invité les citoyens de nations ennemies à taire leurs rancœurs, à s’unir pour créer un espace amical.

Il fallait pour cela que les nations précédemment alliés acceptent de vous exonérer, vous  les enfants de nazis, de fascistes, des crimes perpétrés par vos parents. Or cette dette,  morale, celle-là, que nous essayons d’effacer, est incommensurable par rapport à la dette dérisoire qu’est censé payer le peuple grec.

Alors, amis allemands, contribuez ces jours-ci à faire bénéficier au peuple grec de la même amnistie qui fait qu’aujourd’hui vous vivez apparemment dans l’opulence. Ce serait commencer à jeter les bases d’une autre Europe, généreuse celle-là, et solide parce que solidaire.