Marine Le Pen, tacticienne diabolique

05/05/2017 03:48

Marine Le Pen, tacticienne diabolique

Le débat d’avant-hier soir entrera très vraisemblablement dans l’anthologie des coups tordus des dictateurs. Une merveille !

L’originalité de ce débat a stupéfié le monde entier, déjouant toutes les idées de scénarii imaginables.

Tout a commencé grâce à un contexte qui plaçait le FN en tête des sondages. Pour la première fois, la prise de pouvoir de la France par le FN était donnée comme possible. Occasion extraordinaire à ne pas laisser échapper.

Objectif absolu : sortir en tête lors du second tour ! Première, elle ne ferait qu’une bouchée du second. Elle se savait redoutable.

Le Pen concentra toutes ses forces et son intelligence à prendre le pouvoir légalement en se faisant élire « présidente de la République Française » afin de libérer la France de toute emprise étrangère.

Le seul scénario que Le Pen avait espéré réaliser en entamant sa campagne électorale était de diviser la France en deux parties et de jeter celle des gens modestes, qu’elle appelle « le peuple » contre la France des nantis. Il lui suffisait de réunir le maximum de foules dans des espaces bien sonorisés et de leur hurler ses litanies de slogans de haine et de mensonges ou de n’importe quoi contre l’autre  moitié de la population française qui n’était pas le peuple, c'est-à-dire les riches qui s’empiffrent, les politiciens évidemment pourris, les banquiers suçant le peu d’argent des pauvres, les patrons exploiteurs, les notables notablement magouilleurs, les partis organisant l’alternance, les fonctionnaires s’engraissant à ne rien faire, et surtout, les étrangers qui volaient le travail et le pain des vrais français.

S’appuyant sur l’histoire de son clan, elle prétendrait souffrir depuis toute petite avec les opprimés, les exclus, les incompris français. Telle Jeanne la Lorraine à l’écoute des voix de Saint-Michel, Sainte Catherine et Sainte Marguerite, elle allait sauver la France de la décadence dans laquelle l’incompétence des divers gouvernements l’avaient plongée. Elle allait pouvoir réaliser son rêve : aider les petits, et sauver la France.

Les sondages plaçaient Le Pen en tête des sondages autour de 40 %. En intensifiant ses efforts et en les systématisant, elle devrait dépasser les 50 % !

Les premiers débats consistaient surtout en présentations de programmes d’autant plus succincts que les participants étaient assez nombreux et les critiques restaient prudentes afin que leurs émetteurs ne deviennent pas une cible.

Pour les rencontres populaires, meetings et autres réunions, chacun faisait pour le mieux et Le Pen savait faire, soulevant l’enthousiasme des foules. Elle trottina longtemps en tête. Puis les scores se resserrèrent. Mélenchon, autre tribun redoutable, après avoir tenté de piller le public de Hamon, commença à piétiner les plates-bandes de Le Pen. Puis ce fut la percée de ce nouveau venu, Macron, sorti dont on ne sait d’où qui se fit menaçant.

Premier tour : Macron, premier ! Le Pen, seconde ! Catastrophe !

Première, Le Pen se serait débrouillée. Elle aurait su conserver son avance et empêcher toute discussion de fond. Noyer le poisson, brouiller les pistes, elle est docteur ès embrouille. Rien à craindre de ce côté.

Deuxième, elle est foutue ! C’est l’autre qui a l’initiative et quelques points d’avance ! Ils ont prévu une rencontre d’au moins deux heures. Deux heures, c’est terriblement long lorsqu’on n’a rien à dire. Parce que, à part l’exclusion des étrangers, la fermeture des frontières, la sortie de l’Union européenne, elle n’a rien de prévu. Il y a bien pour faire joli un catalogue de  promesses intenables parce que farfelues et non chiffrées. Et puis l’autre, va la conduire sur une terre inconnue, celle du raisonnement, de la discussion. Elle, son terrain, ce sont les sentiments. Avec eux, elle balade les gens...

« C’est foutu, c’est fini ! Pour une fois que moi, la haïe, la moquée, la grosse, la poufiasse, mais qui sait endormir les foules aussi bien que le Führer, allait offrir au FN, à mon père, une France domestiquée, je laisse filer l’occasion !  Je n’ai plus qu’à me flinguer !

A moins que…à moins que…

A moins que ce Macron à l’allure de premier communiant, tendre comme une jeune première, je puisse me le farcir ! Mais oui bien sûr ! Je n’ai pas encore perdu, je vais même gagner. Je le tiens et vais le ridiculiser, l’embrouiller. iI se traînera à mes pieds, me suppliera d’arrêter. Il est prévu qu’au tout départ, un des journaleux me pose une question, Je ne lui réponds pas et de suite attaque Maron, lui envoie une salve de scuds qui le laissera ébahi. Le temps qu’il réalise et je recommence, et je te l’insulte comme jamais il ne  l’a été, devant la France entière. J’en fais le patron de la Finance mondiale, la cause de tous les maux, l’écraseur des petits. Mon public en redemandera. Je le traine dans la boue, lui souris, le charme, puis l’insulte, qu’il en perd le Nord. Je le rends fou. 

Il ne comprend plus rien, il explose, il m’insulte, se met à hurler. Il m’envoie son verre d’eau au visage et m’éclate le front. Le sang coule, le rouge se détachant sur ma robe toute blanche. Il est disqualifié. Et quand on me demande pourquoi ce comportement, je réponds avoir prouvé que pour être un président, il faut être costaud psychiquement. Or ce jeunot–là, n’a pas les nerfs solides.

Le 7 mai, je serai Présidente de la France.