Mélenchon ne se comporte plus en républicain

01/06/2017 05:52

 

« De Victor Hugo en Républicain à Paul Déroulède en gauchiste, l'étrange mutation. Car ainsi s'est doublement métamorphosé Jean-Luc Mélenchon en quelques semaines. Le formidable intellectuel de la campagne présidentielle, hugolien et jaurésien, réincarnation de la figure de l'Instituteur de la IIIe République, s'est mué en tribun identitaire et sectaire pour les élections législatives. Déroulède gauchiste nationaliste et populiste, Mélenchon ne sème plus le grain qui lève en mai et se récolte à l'été, mais la colère qui prospère sur le désespoir et ne produit que de la haine. »

Bruno Roger-Petit-  Editorialiste invité de « Challenges – 29 mai 2017

Je souscris totalement à ce constat de B. Roger-Petit.

Monsieur Mélenchon a en effet défendu avec brio ses chances lors de la compétition pour la fonction présidentielle. Pourtant déjà il se laissait emporter par des formules assassines, déclarant avoir comme but de « tuer le PS », formule que des fanatiques auraient pu vouloir appliquer à la lettre. Mais les partisans se contentèrent d’en savourer la violence verbale et de ne passer à l’acte qu’en se multipliant. C’est alors que Mélenchon découvrit la puissance de son verbe sur une foule et s’en enivra.

Les sondages lui confirmèrent la progression de son succès à tel point qu’il se persuada de se situer dans le duo de tête. Il aurait volontiers supporté que Marine Le Pen ait arraché la première place puisqu’elle avait depuis longtemps fait course en tête, mais que ce soit Emmanuel Macron qui ait arraché cette pole position lui fut insupportable.

Or, alors que tous les concurrents demandèrent sans hésiter à leurs partisans de voter Macron  au second tour, refusant de voir la France basculer dans une dictature, Mélenchon s’interdit de prendre position, ce que beaucoup de commentateurs et peut-être de citoyens interprétèrent  comme un encouragement à voter Le Pen. Pour ma part, j’avais estimé que le perdant vivait des sentiments de haine et de meurtre si violents envers celui qui lui avait volé la place qu’en prononcer le nom eut été lui laisser la vie, et donc la présidence.

Qu’on accuse Mélenchon de refuser de dire « Ne votez pas Le Pen » l’ulcérait qu’autant plus que cette femme avait été sa plus dangereuse concurrente de par les points communs de leur programme : refus de l’Europe, sortie de l’euro, amitiés russes… La simple énonciation du nom du vainqueur, Emmanuel Macron, eut été pour Mélenchon l’équivalent d’un suicide. Il s’évapora durant quelques jours. Le temps sans doute de se refaire une santé : lui vint l’idée d’obtenir la majorité absolue des députés, neutralisant le nouveau président, le tenant en laisse comme un obéissant animal domestique. Ainsi il aurait sa victoire. Il dirigerait la France, et partant, le monde !

Entre temps vint le malentendu avec Bernard Cazeneuve qui lui prêtait l’intention de favoriser Marine  Le Pen, et donc d’être une graine de dictateur, lui aussi. Fou de rage, il tenta d’humilier le ministre en l’insultant, l’effaçant, feignant de ne plus même se souvenir de son nom, comme lui-même avait tenté de gommer celui du Président (nommer = faire exister).

Et voici Jean-Luc Mélenchon parti pour une nouvelle croisade Abattre l’ennemi, le suppôt de Satan, le bedeau du capitalisme, Macron !

C’est un autre Jean-Luc Mélenchon qui est parti en campagne des législatives. Un animal politique blessé et dangereux. Ses sympathisants qui ont gardé de la tendresse pour lui, lui étant reconnaissants de leur avoir fait vivre des heures palpitantes, l’importance de l’engagement politique, vont-ils encore le suivre, par conviction politique plus que par fidélité, alors que son combat a changé de registre, qu’il est devenu celui d’un Dom Quichotte paumé ?