Monsieur le président

31/03/2016 18:47

 

 

Vous vous êtes adressé aux français, dont moi, pour leur annoncer l’abandon de votre souhait d’une révision constitutionnelle, qui aurait permis la déchéance de nationalité. Vous le regrettez, alors que j’en suis satisfait.

Je lis dans la presse de ce jour que Raffarin estimait que vous aviez reçu un camouflet « de vos propres amis politiques ». Je trouve cette remarque indigne d’un homme politique qui se veut responsable et qui, quelles que soient les décisions de l’adversaire trouvera toujours le moyen de les critiquer. Je pense au contraire, que cette décision est une preuve de courage et de sagesse. Courage d’affronter ce genre de reproche et d’avoir su entendre les arguments des personnes qui ne pensaient pas comme vous. Preuve de sagesse et de professionnalisme : Ce sont les amateurs qui, s’étant fixé un objectif (je pense à une courses en montagne) veulent à tout prix l’atteindre quand bien même ils menaceraient leur vie et celle de leurs compagnons de cordée. Ceux-là ne mettent que leur vanité à ne pas renoncer. Obstination n’est pas synonyme de constance.

Ce qui m’avait choqué dans votre souhait d’imposer la déchéance de nationalité dans ces cas de crimes gravissimes, c’est qu’un homme de gauche rétablisse la peine de mort.

 La nationalité d’une personne est un élément irremplaçable de son identité. L’en priver signifie son exclusion d’un groupe humain, c'est-à-dire sa mort sociale qui est d’être niée, de ne plus être « reconnue ». La personne disparaît, peut-être n’aura-t-elle-même jamais existé.

J’ai interprété alors la violence de votre souhait comme la force de l’empathie qui vous unissait à la stupeur du peuple face à la barbarie, mais ne vous avait pas laissé le temps de mesurer les conséquences d’une telle décision.  Vous étiez soumis à une  énorme pression. Le temps passé, vous avez consulté les divers acteurs de la vie politique que votre proposition divisait et avez conclu par l’annonce officielle de renoncer à une telle sanction.

Certains de vos adversaires vont comme Raffarin, tenter de retourner à leur profit votre décision. Il s’agit de basse politique. Votre proposition avait soulevé l’indignation de beaucoup, dont la mienne. Elle eut l’immense mérite de permettre aux parlementaires de réfléchir, d’échanger sans faiblesse et fausses concessions, de débattre sur le fond comme rarement, je crois, durant de nombreuses heures. Ils nous ont donné une grande leçon de démocratie, que par votre décision vous parachevez.

Merci  donc aux parlementaires et merci à vous.