Nauséabonde blague

04/06/2017 15:53

 

Si, au cours d’un repas convivial, suite à un fait rapporté, voulant attirer le rire flatteur de mes commensaux vers ma petite personne, je concluais par cette « bonne blague » : « Kwassa-Kwassa pêche peu, il amène du Comorien ! », je crois qu’ensuite, enfin seul, je ne pourrais que me maudire de ce succès bassement acquis.

Je me haïrais d’avoir raclé ce fond de lie d’humanité qui s’est déposé chez moi comme chez chacun de nous au fil des heurts avec nos semblables, lie qui empeste la haine de l’Autre.

Je ne serais pas fier, honteux seulement d’avoir emprisonné mes compagnons de table dans la nasse de la complicité du mépris partagé. L’Autre, l’Anonyme, l’Etranger, Comorien, comme rien du tout. Me croyant pourtant sans trop d’illusion sur moi-même, je me décevrais !

Et je me consolerais en sachant que mon insignifiance rejoint celle de la portée de mes actes. La planète peut tourner sans moi.

Mais pour vous, Monsieur le Président, c’est totalement différent.

Ce qui est péché véniel pour moi, est pour vous faute capitale, monstrueuse.

Vous seriez impardonnable si vous n’étiez humain. Ce lapsus révélateur qu’est votre haut-trait d’esprit nous apprend beaucoup sur votre soif d’être aimé, reconnu, d’avoir le dernier mot, de faire rire aux dépends des petits, y compris de ces faux grands récemment rencontrés. Un parcours sans faute disaient les experts, jusqu’à celle-là. Il faut beaucoup d’humilité, vécue et non jouée, pour être un vraiment grand.

Ce faux pas de votre part a au moins le mérite de vous savoir très fort et très fragile. Nous ne l’oublierons pas. Nous sommes prêts à vous accompagner dans la révolution que vous nous proposez, mais à condition que vous nous respectiez.