Nous sommes tous racistes, tous.

04/05/2015 18:56

Nous sommes tous racistes, tous.

Nous sommes tous racistes, tous, du moins à l’origine.

Je connais plus que mal le monde des végétaux, mais de vagues souvenirs de lectures me laissent penser que les espèces végétales sont programmées pour se maintenir en vie. Elles connaissent le danger de disparaître à jamais et font tout, si possible, pour se défendre contre un adversaire menaçant, que ce soit les conditions climatiques ou autres espèces vivantes. Je crois savoir aussi que certaines espèces s’entraident pour mieux résister à l’adversité.

Je ne connais guère mieux le monde animal, mais diverses lectures me laissent l’impression que chaque espèce fait tout pour perdurer et tente vaillamment d’échapper à ses ennemis.

Je devrais connaître mieux l’espèce humaine puisque de l’un de ses aspects j’ai fait mon métier. J’ai suffisamment longtemps travaillé dans le secteur de la psychopathologie et de la formation pour éprouver mes limites et mes méconnaissances. Cependant je crois pouvoir affirmer que tous, nous aussi, les humains, sommes faits de ce matériau de base qu’est le  « racisme », disons la haine du différent.

La personne se construit selon une alchimie subtile, complexe, faite de l’opposition amour/haine, l’Autre/moi-même. La dépendance à l’Autre, normalement à la mère, indispensable à la vie, impose le rejet : l’Autre est dangereux puisque j’en suis si dépendant.

Cette haine primordiale fait partie du parcours. En principe, la culture du milieu dans lequel va se construire la personne  permettra de découvrir que si l’Autre n’est pas toujours « bon », il demeure généralement fréquentable, et même indispensable. La personne se méfiera alors de sa tendance au  racisme et nuancera son regard.

Sauf bien sûr si ce milieu ambiant cultive le racisme. Dans ce cas, difficile d’y échapper.

 

Cette réflexion m’est inspirée par un article du monde rédigé par Michel Gerrin et daté de ce jour : « Du béton et des plumes ».

Il s’agit de la tempête médiatique qui se développe autour de Le Corbusier. Trois ouvrages, de qualité différente, si j’ai bien lu, celui de François Chaslin « dont le livre est le plus nuancé, le plus brillant des trois », font état du racisme et de l’antisémitisme virulent du grand architecte, ainsi que de sa participation à la dictature de Vichy.

Soit. C’est bien sûr infiniment regrettable que ce grand homme ait été subjugué par le fascisme.  

Mais on dirait que certains veulent nous faire découvrir que le fascisme, tout comme le nazisme, ne sont pas que des idées désincarnées, que ceux qui les ont portées ne sont pas tous des êtres indigents, des débiles mentaux, amoraux. Oui des êtres humains normaux se sont laissés dévoyer par de tels idéaux, dont, apparemment Le Corbusier. C’est précisément ce qui en fait l’horreur.

Ça n’est bien sûr pas anodin, et c’est important de le savoir. Mais je m’interroge sur l’utilisation des ces « révélations ».

Comme si certains voulaient, en attaquant la personne, dénier le génie de cet homme en matière d’architecture. Jalousie ? Mesquinerie ?

Dans ma jeunesse je me souviens avoir fait un stage professionnel sous la direction d’un mentor remarquable, un grand bonhomme.

Or j’ai découvert au cours d’entretiens que j’eus avec lui un défaut qui m’écœurait : Tout en discutant, le monsieur piochait soigneusement, avec application dans les trous de son nez, en sortait un produit qu’il roulait en boulette et gobait machinalement.

Allais-je pour autant fuir et me priver des compétences professionnelles de ce monsieur. Non bien sûr ! Et même cela me permit de relativiser l’aura que dégageait la personne. Il lui restait des vestiges infantiles, peu ragoutants certes, mais  qui finalement le rendaient plus humain.

En ce qui me concerne, j’ai apprécié le génie de Le Corbusier. J’ai eu la chance de participer à plusieurs colloques organisés au couvent d’Eveux, près de l’Arbresle. J’ai donc pu éprouver une convivialité et un certain bonheur que je n’aurais sans doute pas connu dans des bâtiments autre que ceux élaborés par ce grand architecte qu’est Le Corbusier. Les crottes de son nez ne m’ont pas empêché de vivre des colloques heureux.