Oui, Churchill est bien mort

05/07/2016 11:49

 

Rarement, je crois, les citoyens du petit pays qu’est la France, ou des autres pays d’Europe, n’ont été si désemparés. La plupart d’entre nous, absorbés par le sérieux de leur survie quotidienne, soit domestique (comment joindre les deux bouts), soit professionnelle (trouver du travail, le conserver, en faire reconnaitre la valeur, s’y consacrer entièrement) ont peu de temps à s’intéresser à la marche du monde, même si celle-ci les concerne directement. Ou il faut être un professionnel et donc avoir un regard plus ou moins orienté, ou il faut être retraité, c'est-à-dire retiré des affaires, et tenter de porter un regard distancié, pour essayer de comprendre.

Or, ces jours-ci, ces deux catégories de personnes intéressées à la chose publique (rétrécie au monde occidental) sont plongées dans un abyme de perplexité.

Jusqu’alors, la « grande Bretagne » était véritablement grande de par l’apparence de sérieux qu’elle donnait, et se donnait à elle-même, grâce à la caution d’une monarchie séculaire. S’il est des valeurs qui échappent à un soupçon d’ironie, c’est bien cette étiquette-là.

Grande est aussi cette Bretagne de par la morgue de sa City. Chapeau melon, moustache, parapluie et comptabilité.

Ainsi, si nous nous contentions de la grandeur de cette Grande Bretagne-là,  c’était grâce à ces clichés. Nous ne pouvions imaginer que ce n’était que clichés, soigneusement entretenus par les citoyens britanniques eux-mêmes, de ceux qui refusaient le Brexit et prônaient le Remain.

Or l’Angleterre profonde, celle des chômeurs qui le sont parce que le plombier polonais ou tous les va-nus pieds viennent leur subtiliser leur  travail en bradant le leur, celle des paysans submergés par les produits exotiques qui empêchent de vendre les leurs sur le marché intérieur, celle des mineurs restés sur le carreau, celle des métallurgistes dont l’usine a fermé, tous ces gens ont attribué la cause de leur misère à l’Europe et ont gagné parce qu’ils sont la majorité.

Et surtout parce que certains riches ont entretenu leur propre rêve de gamins pourris de richesse qui, comme Robinson Crusoë, survivent grâce à  leur solitude sur leur île. Et ces gosses de riches se sont amusés, à coups de purs mensonges et d’intoxication de faire croire aux pauvres que c’est à cause de l’Europe qu’ils sont pauvres. Une fois la victoire acquise, ils partent faire joujou ailleurs.

Une fois la victoire du Brexit, Johnson, en brave Ponce Pilate, s’est lavé les mains avant de jouer au cricket, Farage, satisfait de sa victoire s’est rapidement défilé, Gove vise la fonction de Premier Ministre.

L’Angleterre est trahie par les siens, ceux qui font voter « Brexit », pour masquer leur responsabilité dans la misère du peuple.

Churchill ne nous avait pas habitué à une telle lâcheté.