Panthéon, le peuple absent ?

28/05/2015 13:40

Edwy Plénel, je vous estime. Oui, vous me paraissez être l’une de ces voix indispensables qui crient dans le désert, l’écorché vif que tout agresse et qui le hurle, l’inconsolable orphelin d’un père irremplaçable qu’aucun modèle d’autorité ne parviendra à égaler. Oui j’aime votre générosité, votre sincérité, votre exigence frisant l’intolérance, votre très subjective objectivité, l’insatiable soif de vérité qui ne vous laisse pas de repos.

Je crois comprendre la colère qui vous anime alors que la solennité de la cérémonie du Panthéon suscitait chez d’autres émotion et recueillement. J’ai moi aussi connu semblable colère. C’était à l’enterrement de mon père, lorsque des prêtres amis proclamaient mon père vivant, veillant sur sa famille, alors que nous autres, les demeurants, rampant dans cette vallée de larmes, n’étions que morts-vivants. Ils inversaient les rôles, ils niaient la réalité de la mort, la disparition définitive. Ils embaumaient la mort et viciaient la vie.

Vous, vous reprochez à François Hollande d’être ce qu’il est, un homme qui prononce un « superbe discours », mais dont le contenu proclame : « Faites ce que je dis, mais non ce que je fais ! ». Un homme qui, en professionnel de la politique,  débite « des mots, des mots ». Vous le dénoncez homme de mots mais non de parole, un homme qui ne tient pas les promesses qui l’ont fait élire.

Pour vous, de cette grandiose cérémonie, le peuple est exclu, il a été congédié, interdit de participer, non seulement par des rues barrées, mais par une politique dictatoriale menée depuis trois ans. Et vous n’écoutez plus ces mots béatifiants, vous décrochez et allez voir ailleurs, vers ces paradis où le peuple prend le pouvoir, à Barcelone, à Madrid…Réjouissant !

Je crois pouvoir dire que je vous comprends, et pourtant, je ne partage pas votre point de vue. Je ne brosse pas du Président de la République actuel le même portrait que vous. Je le crois fidèle à ses engagements. Je pense qu’il applique ce qu’il a promis, mais que nous, le peuple qui l’a élu, avons entendu ce qui nous arrangeait, « demain, la cité idéale ! ». Et pourtant nous savions le délabrement physique et moral dans lequel Sarkozy abandonnait la France, quel lourd handicap à surmonter ! Mais nous avons espéré le miracle. Personnellement, je ne crois pas au miracle. Tout progrès, même infime, est pour moi source de réconfort, tant la situation de 2012 était catastrophique. J’ai donc des raisons d’espérer, même si je sais que Hollande peut se tromper. Mais je lui fais confiance et attends la fin de son mandat pour juger. Il m’arrive à moi aussi de piaffer, mais la vie m’apprend à être patient. Ce qui ne semble pas être votre cas. Mais j’ai beaucoup de respect pour l’adolescent intègre, exigent qui ne parvient pas à sommeiller en vous. Vous dites « exigeons », moi je dis « espérons ».