Passions autour du code du travail

20/12/2015 02:18

 

 

 Je découvre parmi les multiples activités humaines que je n’ai jamais approchées qu’il peut être passionnant de se spécialiser dans le droit. Non que j’en sois étonné, au contraire, c’est l’inverse que j’ai du mal à accepter : Etre obligé d’exercer un travail inintéressant simplement pour vivre, voire survivre, quelle tristesse ! Or c’est malheureusement le cas de beaucoup de personnes, qu’elles peuvent vivre d’ailleurs comme une chance tant la denrée « travail » et sa durée, se fait rare en France.

Ainsi j’ai lu attentivement « Code du travail : une commission Badinter particulièrement homogène », l’article qu’a écrit dans MDP Mathilde Goanec. Et j’ai découvert qu’un texte aussi sérieux que le code du travail pouvait déchaîner la passion. Non pas « un très vif intérêt », mais une violence proche de ce sentiment d’amour exclusif voisin de la folie.

Les élections régionales nous rappelant l’insoutenable scandale du chômage de masse, j’ai repris une information qui m’était apparue à l’époque intéressante, pour l’estimer aujourd’hui capitale, l’existence de la fameuse commission dite Badinter. C’est dire mon espoir de trouver dans l’article les informations qui me manquaient. Bien sûr que j’irais voir aussi ailleurs, mais malgré ses partis-pris souvent à l’emporte-pièce, l’orientation de MDP me convient, et même, la surprise passée, cet article.

L’information que cet article me donne est que la sortie fin janvier 2016 des conclusions de la commission, si elle a bien lieu, va déclencher une bagarre à mort. La journaliste ne le dit pas, elle prend les devants, elle entame la bagarre, elle chauffe la salle comme les communicants le font dans un meeting politique.

 Avant même d’avoir la moindre information sur le travail effectif de ces « sages », elle condamne impitoyablement la dite commission. « Ce sont des vendus aux capitalistes, ce sont des pourris ! » Bien sûr elle ne le dit pas si crûment, elle y met habilement des formes à tel point que dès le titre je me suis fait avoir. « Une commission Badinter particulièrement homogène. » J’ai pris cette phrase pour un compliment mais dès les premières lignes il est clair que la supposée qualité est en fait un très vilain défaut. Traduction : c’est un paquet de larrons. Le « particulièrement » habillement glissé était à prendre dans le sens des « amitiés particulières » Et la suite qui dénonce « la technique éprouvée » du gouvernement à tromper son monde, qui consiste à sélectionner des prétendus experts qui « diront des choses plaisantes à l’oreille des ministres » est déployée par la journaliste de la même manière : ses sources, à commencer par Emmanuel Gayat, sont toutes fermement opposées à la commissions et vont alimenter l’intervieweuse en insinuations et ragots, toutes « choses plaisantes à l’oreille » de la journaliste.

Moi-même utilisent ici un vocabulaire violent : « insinuations, ragots » alors que dans tout ce qu’écrit Mathilde Goanec se glissent sans doute de véritables informations, mais le parti-pris de la journaliste est si caricatural, ses positions si excessives, que l’article dont j’attendais autre chose ne me paraît pas crédible. Il ne peut que conforter les irréductibles dans leurs opinions et ne prépare pas au dialogue. Il ne cherche qu’à mettre de l’huile sur le feu.

Or il est de l’intérêt du Pays tout entier, travailleurs y compris, que le défi relevé par la commission Badinter aboutisse impérativement à une solution telle que les dix millions de personnes sans travail trouvent enfin un emploi.

Si la commission réussit, ce sera une immense victoire pour la France, travailleurs y compris, mais cette fois ils seront dix millions de plus !

Si elle échoue ce sera un drame, peut-être le commencement de la fin.

En ce qui me concerne, moi qui comme pratiquement toutes les personnes de ma génération, ait eu l’immense chance de ne pas connaître le chômage, sait trop combien le travail est précieux, indispensable, pour ne pas souhaiter que tous aujourd’hui, et demain, puissent en  vivre. Le travail n’est pas un luxe, mais un droit, une nécessité. Qu’on se le dise !