PAUVRES RICHES

11/02/2015 15:24

 

Le titre étalé à la une du « Monde » de ce mardi 10 févier :  

                          Comptes secrets eu Suisse 

                Le gotha des évadés fiscaux français

tenait lieu d’apéritif  et effaçait de l’esprit des lecteurs français toute autre information estimée capitale les jours précédents. L’intérêt de la révélation semblait d’autant plus aigu que le lecteur avait le sentiment de n’être pas concerné si ce n’est en se trouvant dans le statut de victime.

Et je lus.

Pas tout ni très attentivement, ayant le sentiment de me promener dans un paysage grisâtre, déprimant, plutôt sordide, un rien nauséabond.

Que c’est triste d’être riche ! Que de soucis apporte la richesse ! Que de nuits d’insomnie ! Que de culpabilité pour les gens qui se croyaient honnêtes ! Que de peur pour ceux qui se savent malhonnêtes ! Celle de voir se lever pour chaque millier d’euros le cadavre d’une personne grugée qui réclame justice. Que d’amertume en bouche le repas luxueux d’un grand chef en réveillant la bile n’a-t-il pas provoquée !

Pauvres riches !

A la vue de la une, j’avais pensé être envahi de colère face au mépris de ces gens repus qui confient leur honorabilité à un tas d’apparences. Or c’est de pitié que je suis submergé. Surtout pas de mépris, car je crois savoir que, si moi-même m’étais trouvé en condition d’être riche, je serais tout comme eux, pourri et méprisant. Car la richesse corrompt. Très rares doivent être les riches qui échappent à la gangrène de l’inhumanité que provoque l’argent.

Mais pourquoi le secret de ces comptes ? Pour échapper au devoir de partage. Donner une peu du super superflu à l’Etat  qui grâce à ce don donneraient enfin un toit, du pain, du savoir, à ceux qui n’en ont pas ? Pour certains, oui, peut-être. Mais pour la plupart, sans doute, l’argent appelant l’argent, un euro qui s’échappe, c’est du sang  qui s’en va, une goutte de vie perdue. Que difficile pour eux doit être l’idée de la mort, de devoir tout lâcher, et perdre, et laisser aux autres, à moins de se trouver un de ces dieux miséricordieux qui vous restituera votre magot, intérêts y compris.

Alors bien sûr, il y a ceux qui fanfaronnent, jouent la provocation, exposent impudiquement leur fric, que maman a pourris et qui continuent à se prendre pour  êtres supérieurs et se font aduler par semblables au petit pied, et qui auraient tort de changer car la masse aime ça.

Et pour mettre fin à ces divagations, je dirais que, dans notre République, les personnes qui jouissent d’un certain train de vie devraient être déclarée inéligibles à vie, à moins qu’elles ne deviennent pauvres, car il leur est impossible de connaître, de comprendre l’immense majorité de leur concitoyens, et donc encore moins de les représenter et de défendre autre chose que leur propre intérêt. Car, si j’ai bien compris, le Gotha des évadés fiscaux sont souvent ceux qui nous gouvernent et se partagent le gâteau.