Pièges à cons ?

24/11/2015 12:24

 

Mais qui donc a dit que vieillesse rimait avec sagesse ? Ce devait être un de ces personnages tout juste sorti de la préhistoire, époque  qui ne fournissait que parcimonieusement son lot de vieux ou de vieilles tant les temps étaient rudes et difficile la survie.

La personne changerait vite d’avis si, vivant aujourd’hui, elle voyait s’agglutiner autour de monuments remarquables des cars remplis à ras bords de personnes âgées, ou si elle empruntait un de ces cargos low cost ou s’empilent des vieillards soucieux de rapporter d’un pays dont ils ne verront rien ni personne des objets de luxe également low cost.

Ou bien la personne changerait vite d’avis si elle rencontrait le naïf que j’ai été très tôt mais dont le vilain défaut n’a fait que grossir avec l’âge.

Il faut être bien naïf pour tomber à pieds joints et légèrement excité dans un piège à cons ultra-sophistiqué.

Certes j’avais des excuses qui auraient expliqué ma cécité volontaire et momentanée. Car je me trouvai devant le vide sidéral de huit jours de solitude absolue, ma douce et tendre épouse (je sais, c’est un cliché) s’absentant exceptionnellement pour huit jours. Ainsi je retrouvais le gamin de huit ans qui, profitant de l’absence des parents, prend l’escabeau pliable qui lui permet d’atteindre l’altitude où est rangé le dictionnaire médical. Il va ainsi explorer des territoires vierges habituellement réservés aux adultes.

Jusque là, allez savoir pourquoi, éducation rigoriste sans doute, je ne m’étais jamais laissé détourner par les invites alléchantes de spams vantant des plaisirs coquins. Or ce jour-là, émoustillé, je craquai.

J’ouvris les pages d’un site élégamment décoré, et pas du tout vulgaire, ainsi que je le craignais. Il déclarait qu’une grande partie de la misère du monde était due à la solitude des êtres qui, perdus dans la masse cherchait une âme sœur sans pouvoir la trouver. Or Internet révolutionnait les rapports humains en permettant à un site comme celui-ci de réaliser vos désirs légitimes. Il suffit de pénétrer dans cet espace sacré et de vous laisser guider pour changer votre vie.

Le pied !

J’imagine la chance pour ces timides qui doutant de leur valeur ignorent qu’ils peuvent faire le bonheur de quelqu’un et le leur par la même occasion.

Et moi, peut-être retrouverai –je une de mes anciennes amies du temps de mes vingt-cinq années de célibat entre mes deux mariages. Histoire de remuer ces souvenirs précieux et de mesurer le chemin parcouru. Alors sans hésiter je fonce. Ce site a l’air pas mal. Je m’inscris. Un pseudo ? Bof pourquoi pas. Mot de passe ? Allons-y. Désirs. Parmi un éventail de plaisirs diversifiés dont certains très coquins, je choisis prudemment « amitié ». Taille, poids, tour de poitrine, âge : 89 ans. En fait, je m’apercevrai plus tard que j’ai commis un lapsus, je me suis vieilli de trois ans.  Trois ans, c’est énorme à mon âge ! Mais comme ça, et même autrement, tout le monde saura que je ne suis pas l’étalon rêvé. Ma photo ?  Celle-là fera l’affaire, plutôt sérieux le gars. Elle en découragera plus d’une.

Je n’ai pas attendu très longtemps. Ma boite à mails m’annonce que plusieurs femmes sont intéressées par mon profil. Elles ont évidemment bon goût. Mais première surprise qui se confirmera par la suite sera que la personne vient d’un site sur lequel je ne me suis pas inscrit : « mecs à roquer ». Elle tombe plutôt mal, je suis coriace et les diams ne sont pas mon truc (ni mes moyens). J’efface.

La suivante : son site à elle, sur lequel je ne me suis pas non plus inscrit : cougar ! Cette seule appellation me fait frémir. Je n’ai pas besoin d’aller voir la photo de l’intéressée, une image s’impose à moi : Tierweiler. Cette femme m’a fait douter de la compétence du Président de la République. Jusque-là, je lui faisais confiance mais lorsque j’ai su qu’il s’était accoquiné avec cette arriviste, qu’il en était la proie, j’ai crains pour l’avenir de la France.

Je suis allé voir la définition de « cougar » : elle me confirme mon intuition, l’animal est rusé, chasse avec une grande habileté. Il approche ses proies avec nonchalance et le moment venu leur saute à la gorge. Il serait en voie de disparition en Amérique du Nord, mais la France peut donc en céder au moins un exemplaire.

Suivent donc d’autres demandes de rencontre. Des messages touchants et moins suspects. Je suis tenté d’aller voir, mais là je découvre ce que j’imaginais, un obstacle très bizarre me barre me barre le chemin. Si je veux contacter la personne, je dois absolument prouver que j’ai plus de 18 ans. Question de sécurité. Je ne savais pas que les jeunes étaient si dangereux ? Comme preuve de mes plus de 18 ans, je dois fournir toutes les informations de ma carte bleue. Pour moi, arnaque !

Non pas qu’il soit immoral de faire payer un service rendu. Un de mes amis a découvert et sa femme et le bonheur par une agence qui vit de cette organisation des rencontres, et c’est très bien pout chacun. Mais là, dire « gratuit » puis demander sous un prétexte fallacieux la carte de crédit, je ne trouve pas le procédé honnête. Je vais arrêter mon expérience mais la nuit portant conseil, je vais me coucher.

Or en me réveillant, ce samedi 14 novembre, je sors d’un rêve anodin pour découvrir un cauchemar. Bataclan et compagnie. Pendant que je m’amusais à une recherche ontologique dérisoire, d’autres mettaient leur fanatisme borné au service de la haine des humains, et offraient à leur dieu de pacotille sanguinaire des victimes innocentes.

Jamais la distance entre le confort de l’individu que je suis et les souffrances subies par d’autres ne m’étaient parue si effrayante et injuste, surtout si ces souffrances sont imposées volontairement par d’autres humains. Là c’est intolérable.

Et pourtant, c’est la recherche du bonheur, le désir et la joie de vivre qui est normale et respectable. Et la haine, passion typiquement humaine, est à arracher de nos cœurs.

Certains sites de rencontre méritent peut-être le qualificatif de pièges à cons, et encore, va savoir. Pourquoi pas plus précisément, attrape-plaisir, toiles à jouissance, leurre ou modeste recherche du bonheur ?

Mais les vrais pièges à cons, ce sont ces lieux où sont détournés et pervertir par le mensonge et le conditionnement, sous couvert de religion, des être humains dont la vocation première est non la haine mais l’amour.