Puis-je oser l'art du pornographique ?

01/05/2017 16:49

 

Encouragé par un chapelet de curiosités qui consistent à fêter le travail en se tournant les pouces, à sauver un joli brin de muguet enfoui le premier mai sous un empan de neige, à lire dans les media que l’enthousiaste foultitude des insoumis d’hier doive se soumettre à la phase dépressive de leur maniaque prophète, privée  de ces consignes à suivre qui vont changer le monde, etc, etc…je vais oser émettre des idées fleurant bon les boules puantes de potache, des hypothèses sans gêne condamnées à la Géhenne par de pieuses et délicates âmes parce que non conformes à la doxa du jour.

 Donc j’ose.

J’ose affirmer que pour accéder à la finale de la présidentielle il faut être sacrément fortiche et intelligent.

Fortiche et intelligent ce Macron. Hier inexistant, soudain il surgit tel l’enfant de la crèche, dont on ne sait pas bien si la mère est l’épouse et si le père est Joseph (Staline), ou le Père François, ou Rothschild, et qui va sauver la France ou la dissoudre dans un bain d’acide mondialiste. Grand est le mystère autour de cet homme sans passé qui a produit un programme convaincant comme chacun pourrait en pondre sur un coin de table de bistrot, et qui, un brin mystique vous embobine une foule presqu’aussi savamment que le sieur Mélenchon.

Aussi, beaucoup d’électeurs dans le brouillard voteront non pas pour Emmanuel Macron, mais contre Marine Le Pen. Macron par espoir d’un mieux (ça ne peut pas être pire !), Le Pen, par rejet d’un pire, celui d’un avenir fondé actuellement sur la haine. Avec Le Pen, on connaît le programme, on sait ce qui nous attend, et bien des électeurs, surtout les « pauvres », hésitent. Avec Macron, beaucoup d’électeurs ont le sentiment de signer un chèque en blanc, de sauter dans l’inconnu. Avec ou sans parachute.

Marine Le Pen ? C’est là où je vais m’essayer au pornographique.

Rappel : Le Front National créé en 1972 et présidé depuis son origine par Jean-Marie La Pen jusqu’en 2011, puis par Marine Le Pen jusqu’à présent fait preuve d’une étonnante stabilité et permanence, tant dans sa doctrine, ses objectifs et son action. Ainsi, alors que les autres partis connaissent des fortunes très diverses, faits de conflits internes, de changements de cap, d’explosions et de disparitions, le Front National avance, imperturbable, et traverse relativement sereinement les crises qui malmènent les autres partis. Il fait preuve d’une force remarquable que ne connaissent pas les concurrents.

Décrié, vilipendé à juste titre pour ses idées extrémistes, il s’épanouit malgré le front uni des ses adversaires dans le paysage politique au point de s’imposer à la finale de deux élections présidentielles, dont ce dimanche prochain. Et cette fois, il peut sortir vainqueur de la confrontation.

J’ai prétendu plus haut que pour parvenir à ce stade de la compétition, ce n’est pas un hasard. Il faut être très doué, supérieurement intelligent. Notamment en 2017, car d’habitude, les combines d’appareil, la force des lobbies médiatiques, nous livrait un candidat certifié conforme, respectant l’alternance du « un coup à droite, un coup à gauche » nous confortant dans un sentiment d’équilibre et de justice propre à une bonne démocratie alors que ce n’était en fait que s’adonner à l’art du surplace.

Ainsi pour moi, je ne peux que constater que Marine Le Pen est supérieurement intelligente. Terminer finaliste d’une compétition de très haute qualité dont tous les acteurs défendaient des idées cohérentes en est l’irréfutable preuve. Pour moi, ça n’est pas un compliment que de l’affirmer, c’est reconnaissance d’un fait. Qui peut prétendre le contraire, à moins que d’être de très mauvaise foi, et macho et envieux ?

Par contre cette intelligence me pose question. Comment peut-on défendre des idées aussi stupides et archaïques que fonder la politique d’un Pays comme la France sur la haine de l’Autre, étranger ou pas. Je le comprendrais d’un Bachar-el-Assad, d’un Poutine, Erdogan, Trump et autres dictateurs, dont la santé psychique me pose question, mais je n’ai rien décelé d’une quelconque fragilité psychologique chez Marine Le Pen. Bien sûr je peux me tromper. Donc mystère.

J’avance une hypothèse. Cette femme, très intelligente, excellente gestionnaire, capable d’empathie (elle est sensible à la grande souffrance des pauvres) est coincée. Elle est prisonnière de la doctrine haineuse qui l’a nourrie et l’a fait exister, mais surtout qui unit solidement le groupe qui la porte. Dénoncer la doctrine, c’est s’éjecter du groupe. Impossible. Devenir présidente, c’est s’extraire du marigot, c’est s’émanciper, prendre sa liberté et conduire la France ailleurs qu’à la catastrophe. Irréalisable, je crois !

Alors je rêve. Je rêve que Marine Le Pen, en position de force, avant même l’élection, annonce la dissolution du FN pour erreur d’analyse, par renoncement à la rancœur, pour deuil d’un passé douloureux et projection dans l’avenir.

Elle rentrerait dans l’histoire bien plus honorablement qu’en étant présidente, comme panseuse d’une plaie enfin cicatrisée.