Sein Kampf

29/12/2017 13:30

 

Lors de la dernière campagne présidentielle, je sus, dès le tout début de son premier discours, pour qui il n’était pas question que je vote : il s’agissait de Macron !

 Sans avoir besoin d’écouter le contenu de sa déclamation, mon rejet fut immédiat, irréversible. La forme m’avait suffit : Le timbre suraigu de la voix, la théâtrale position christique, les yeux exprimant la certitude de recevoir la bénédiction céleste,  fit surgir en moi l’image d’un autre orateur, de langue allemande celui-là, promettant à une immense foule subjuguée un Empire de mille ans. Plus jamais ÇA !

Et mon choix se porta sans la moindre hésitation sur le follement sage programme de Benoît Hamon.

Macron fut élu Président.

Le peuple avait parlé. Comme tout citoyen de la République, je m’inclinai, mais  me promis d’attendre quelques mois pour me faire une opinion.

Le nouvel an me semble être l’occasion d’un premier bilan.

Or mes premières impressions furent plutôt agréables. Macron revêtait aisément le costume de président. Il s’imposait avec autorité sur la scène internationale, se vit même courtisé, faisant passer les « grands de ce Monde » pour débutants. (Ah cette poignée de mains à Trump !) Il avait dû s’y entraîner dès la maternelle.

Puis il surprit les citoyens en laminant les partis, en faisant croire à ceux  de Gauche qu’il était des leurs et à ceux de Droite qu’on était presque tous frères. Finies oppositions et discussions stériles, nous allions échanger en toute sérénité. Il ne s’agissait plus de bleu-blanc-rouge, mais d’un drapeau blanc qui couvrit le Pays, exigeant une paix universelle.

Mais le programme se précisa. La brume des promesses électorales se dissipa, dévoilant la piste d’atterrissage. Rude contact avec le bitume. Fini le pilotage automatique. Le pilote empoigne le manche à balai. Du balai les chômeurs ! On va te nettoyer l’écurie et chasser les parasites. L’information ? Je te la reprends en mains : Réformes de l’audiovisuel. Une seule entité que le Gouvernement  contrôlera. Court-circuités les journalistes, au profit des cireurs de bottes. Réforme des impôts. Théorie du ruissellement qui veut que plus les riches s’enrichissent et plus le petit peuple est heureux. Le matelas des classes moyennes et des retraités se verront confier la responsabilité de colmater le déficit public. Les régions puiseront, non dans les caisses de l’Etat mais dans leur faculté créatrice pour fonctionner à bas bruit. Alors rouler carrosse !

Sauf que…

Sauf que je serais prêt à relativiser toutes ces anomalies, pourtant lourdes de conséquences, car diriger un Pays est travail difficile, et la tentation est grande de s’arroger le Pouvoir à soi-seul. Or Macron semble y succomber. C’est la solution de facilité pour celui qui gouverne. Ça n’est pas un hasard si les régimes monarchiques tiennent si longtemps : en jouant à être Dieu, reines bonnes mères, voire grand’mères, ou rois/bons pères, permet d’endormir le peuple qui ne demande que ça. Apprenons-leur à rêver que la Patrie (de pater) est une grande famille et les vaches seront bien gardées.

Car utiliser la force ou la coercition est solution d’idiot, les Poutine, les Erdogan ou Bachar el-Assad, ça ne dure pas bien longtemps, à moins d’être soi-même, spontanément idiot, mais suffisamment habile pour s’appuyer sur la stupidité populaire. Trump ne joue pas les beauf, il en est le pire exemplaire !

Alors gouverner, preuve d’une certaine force, est d’autant plus facile qu’on ignore les faibles, ce qui est la grande vertu ( vertu = force du mâle) du sieur Macron. Car comment un tel personnage peut-il sainement diriger la France  alors qu’il bichonne un panda et délaisse un pendu !

Comment un être pleinement humain peut-il sciemment, du confort de son bureau doré, provoquer la mort de miséreux qui, cherchant la douceur de vivre, s’endormiront, gelés pour toujours dans un grand linceul blanc. (Des migrants, c’est des humains, ça ?) Comment est-ce possible ?

Enfant gâté puis adulte gavé, Macron méconnait la souffrance, il ignore l’angoisse, snobe le désespoir. Comment lui en vouloir, il ne sait cultiver que richesse. Il puise sa sagesse dans une philo de salon. La vie, la vraie, faite d’amour, de peines, de minuscules joies, de fin de mois difficiles, de grandes désespérances, connait-pas ! Il ne méprise pas les pauvres,  pire, il ne sait pas que ça existe ailleurs que dans un bon roman.

RSA ? Sert A Rien ! Chômage ? Fait néant !

Aussi je me sens incapable d’exprimer le moindre vœu à un tel personnage.

La santé, il semble l’avoir et pouvoir la conserver bien mieux que la grande majorité des gens dont il est en partie responsable. Il a déroché le bon job !

Le bonheur doit chez lui se confondre avec honneurs, (ou horreur). Il en est repu.

Le seul vœu sincère que je pourrais lui adresser est informulable. C’est trop tard. Il est trop vieux. L’amour des autres, le respect, ça s’apprend très tôt, à coup de coups, de douleurs, de désespoirs, d’aides reçues ou offertes, de rires spontanés, de câlins. Et ça, il sait pas. Pas de sa faute. Alors s’il nous ignore, nous les gueux, faut pas trop lui en vouloir. Il ne connait que les bureaux à secrets, les milieux financiers. Les gens très bien élevés.

Je ne peux donc pas lui dire : Monsieur le Président, bonne et malheureuse année, je souhaite qu’une grande douleur vous bouleverse, que vous touchiez le fond du fin fond du désespoir, que vous croiriez mourir, ou quelqu’un que vous aimez vraiment et qui vous aime soit en très grand danger et que vous vous sentiez impuissant. Je souhaite…Non, ce n’est pas possible. Je préfère que vous vous sentiez heureux et puissant, même si c’est du pipo. Je préfère attendre cinq ans pour élire un Président qui ait souci des pauvres…

Bonne Année, Monsieur le Président, et sans rancune.

2018 arrive. Patience, le gueux, et bon courage !