S'opposer par omission

18/11/2015 07:29

 

Le quotidien « Le Monde » vient, par une Une des plus fracassantes de son histoire, de s’opposer au chef de l’Etat. Il ne pouvait le critiquer frontalement à un moment où la France souffrante et révoltée devait exprimer son unité, mais il ne pouvait pas non plus ne pas dire  son profond désaccord avec François Hollande. Car le chef de l’Etat a ouvert son discours prononcé le 16 novembre devant le Congrès par cette phrase : « La France est en guerre. »

Et le Monde de corriger fermement Hollande : « La France est en état d’urgence » tout en signifiant par la photo de militaires armés postés sous la tour Eiffel la nécessité de réagir.

Or, très curieusement, le 13 novembre, jour des attentats, le Monde des livres avait publié  un article « Et de Gaulle vengea la monarchie », recommandant un ouvrage de Nicolas Rousselier. Celui-ci expliquait comment de Gaulle, par la constitution de 1958, avait balayé la tradition républicaine hostile au « pouvoir personnel ».

Or le socialiste François Hollande, en postulant la fonction, prouva d’entrée qu’il était tout à fait capable d’enfiler le costume d’un président autarcique taillé sur mesure par de Gaulle. La gauche sourit à la litanie de ses « Moi Président… », comprenant bien que le sieur, succédant à un dictateur capricieux, devait faire montre d’autorité. Mais par la suite, cette fâcheuse tendance à exercer le pouvoir de manière personnelle fit plus qu’agacer. Or aujourd’hui, en situation de crise, il perd les pédales. J’ai l’impression que cette fois François Hollande suit la voie royale ouverte par de Gaulle. Il est devenu un monarque qui demande encore plus de pouvoirs, notamment répressifs. François s’en va-t-en guerre, et avec lui tout le pays, que nous le voulions ou pas.

Bien sûr, nous pouvons essayer de nous rassurer : Hollande, de par ses origines politiques, sera un monarque compréhensif, se souciant encore un peu du peuple dont l’ennemi est chômage et pauvreté. Accessoirement le Daech.

Mais que deviendra cette nouvelle constitution demandée par Hollande et qui a tout des vertus que souhaiterait un vrai dictateur ?

Imaginons le pire. Que ce nouveau pouvoir tombe effectivement dans les mains d’un Sarkozy, et c’est une France corrompue, livrée au pouvoir personnel, c'est-à-dire aux puissances financières mondiales. Ou bien, autre effrayante hypothèse : Que Marine Le Pen accède à ce pouvoir suprême : au mieux, nous vivons la France de Franco, au pire celle du nazisme.

Le discours de Versailles révèle ce qu’est devenu le gentil Hollande : un monarque. Pour moi, les « J’ai décidé…j’ai ordonné… » ne me font plus sourire. Même les rois avaient la délicatesse d’emprunter  le NOUS, de majesté certes, mais là était leur politesse. Quand un républicain s’amuse à jouer au roi, c’est de la caricature. Est-ce ce que nous, le peuple, désirons ?

Oui, le Daech est mouvement ignoble et à faire disparaître, mais pas en lui ressemblant. Sinon, il aura gagné : nous nous serons avilis.