Tentation royaliste

17/12/2017 16:15

 

                                    Je ne suis pas historien, mais durablement cabossé par les coups de maillet d’entreprises à fabriquer des prêtres, des magasiniers, des journalistes, des indépendantistes, des universitaires, j’ai atterri, après une longue formation, dans la profession de psychologue clinicien. C’est dire mon incompétence à traiter le sujet que j’attaque aujourd’hui, le royalisme.

J’ai l’audace d’imaginer, sans doute d’expérience, qu’au tréfonds de l’âme de chacune, de chacun,  chuchote un rêve constamment en chantier, celui d’être la seule personne élue, promue, choyée, bichonnée par une Divinité Suprême, spécialement jaillie des abysses intemporels et chargée de cette unique mission, la consécration universelle du seul être qui vaille d’exister : SOI.

Certes, pour la plupart des innombrables « soi », l’inestimable estime qui, à bruit furtif, ronronne et entretient le doux plaisir de vivre, s’accompagne d’une coquine musique, railleuse, moqueuse, rieuse, qui vous susurre de ne pas se prendre au sérieux, que vivre l’intense modestie d’être la seule personne à se savoir de si haute lignée tandis que la masse ignare ne voit en vous qu’un lambda parmi d’autres n’est déjà pas si mal. Car vous avez raison : Toute personne, chacune, est un bien inestimable, hautement respectable, vraiment incomparable.

Vraiment incomparable ?

Oui, vraiment incomparable. Sa Majesté, la reine Elisabeth II, et son Altesse royale, le Duc d’Edimbourg, le prince de Galles et lla dichesse de Cornouailles, William de Cambridge, fils aîné du prince de Galles, et son épouse Carherine Middleton, etc… sont des personnes comme les autres. A ceci près que ces personnes sont devenues personnages, otages de l’Histoire, prisonnières d’un peuple, moins libres que le plus modeste citoyen. Il leur est demandé de tenir un rôle, comparable à celui du doudou chez un petit enfant. Ils ont le devoir de rassurer le peuple, d’être un élément de permanence et de stabilité, et c’est une lourde charge, une grande responsabilité qu’ils se doivent d’assumer. Mais, plus que quiconque, ils se savent « personne », à laquelle chaque « sujet » peut s’identifier, et qui devient élément constitutif de son identité.

C’est sans doute ce qui fait la force des britanniques mais peut être aussi leur fibrome, celui des peuples qui se croient les « élus », confère le Bréxit, confère l’arrogance du Gouvernement israélien, et son mépris pour les Palestiniens et pour la Terre entière.

Autre est sans doute la position des dictateurs, les Poutine, Erdogan, Trump etc… Ce sont des caricatures qui se prennent tant au sérieux qu’ils méprisent tout autre, personnes et nations. Mais tenter de les comprendre relève de la pathologie.

Par contre, il est une situation trop récente, celle d’Emmanuel Macron, pour arrêter une opinion.

Estimer que ce monsieur a une si haute opinion de lui-même qu’il en arrive à faire croire, à lui-même en premier, qu’il ne se prend pas au sérieux autorise à craindre pour l’avenir.

L’histoire de la France est lourde de siècles de royauté et l’exécution du Roi de France hante trop notre mémoire collective et individuelle pour imaginer que ce haut-fait serait devenu anodin.

 Je pense que si nous, français pouvons nous réjouir de rester attacher à l’UE et n’envions pas les Britanniques et leur Bréxit, peut-être lorgnions-nous toujours vers les cours royales et avons quelque difficulté à assumer notre engagement démocratique, ce qui peut expliquer le vote pour Macron.

Un indice : notre président a voulu fêter ses quarante ans, non dans une luxueuse Apollonide mais à Chambord, dans l’esprit du précédent locataire du palais de l’Elysée , François le Second. Prémices éventuelles du chemin vers une royauté newlook ?

Notre Patrie, démocratique, ne serait-elle donc pas en grand danger de changement de régime ?