Tire la chevillette et la bobinette cherra

09/01/2016 13:27

 

Cette petite phrase emblématique nous a, gamins, gamines, tellement intrigués, que peu de petits français, de simple ou double nationalité, méconnaissent le sens du verbe « choir »

 Cherra, le futur de « choir ». Choir, même racine que « déchéance ».

Et qui dit déchéance aujourd’hui, en France, ne peut pas ne pas ajouter « de nationalité ». Les politiques de tous bords, à la suite du  premier magistrat, entonnent cette expression dans une parfaite cacophonie, à tel point que je n’avais aucun désir d’entonner mon propre refrain qui ne ferait qu’ajouter à la confusion ambiante.

Je n’ai rien dit jusqu’ici de cette question débattue tant elle me laisse non seulement perplexe, mais m’inspire un profond malaise. Et le fait que le débat enflamme à ce point les passions, ne fait que me méfier davantage.

Ajouter à cela que cette expression « déchéance de nationalité » permet à la Droite en décomposition de retrouver un semblant d’unité ne fait qu’attiser ma méfiance.

Méfiance. Je suis moi-même un politique, un vrai puisque simple citoyen qui s’intéresse aux affaires de mon pays, non encarté, non professionnel, n’ayant aucun profit pécuniaire à tirer, non obligé de défendre par solidarité des positions contraires à mes convictions. Mais à ce titre, je suis très attaché à ma langue maternelle, celle de Charles Perrault, de La Fontaine, de Racine, Molière, Bossuet, et de tellement d’autres, qui nous ont façonné notre conception de l’univers. Or pour moi, ce petit mot « déchéance » est un de ceux qui pèse lourd.

Le dictionnaire Larousse en donne cette définition.

§  (auxiliaire être) Tomber d'une situation supérieure : Il est déchu de son rang.

§  (auxiliaire avoir) Perdre de sa valeur ; s'affaiblir, décliner : Autorité qui déchoit.

 

Pour moi ce terme, « déchéance de nationalité », a quelque chose d’infamant, et je comprends pourquoi ce terme fait tant saliver les politiciens, étant réflexe professionnel de base : rabaisser l’adversaire pour donner l’impression au public d’être grand.

Alors, face à l’inacceptable horreur que sèment des malades, les politiciens prônent la déchéance de ces derniers. Or je pense qu’ils déplacent le problème. Pour mieux condamner l’acte et sa barbarie, ils abaissent plus bas que terre leur auteur, ils les enterrent vivants, veulent en faire de la pourriture. Et ça, pour moi, c’est inacceptable.

En tentant d’exclure ces criminels de la communauté des humains, les politiciens  veulent prouver qu’eux en font bien partie. Or quelques fois nous serions tentés d’en douter. Quand nous lisons tous les jours le compte rendu de leurs malversations, de leur détournement de richesse nationale, de leurs actes de corruption, de leur vénalité, de leurs assassinats par Services ou officines interposés, de leur trahison, ces gens-là nous écœurent.

Alors moi qui ne suis qu’un humain, pas meilleur ni moins bon que les autres,  mais citoyen d’un pays qui se dit respecter la chartre des Droits de l’Homme, je me dis que vouloir exclure une personne de notre communauté française parce qu’elle a perpétrer une horreur, c’est l’utiliser facile comme bouc émissaire. C’est la charger des crimes qu’à notre échelle nous commettons, et nous en blanchir. C’est inadmissible.

Condamner l’horreur du crime, empêcher qu’il ne se commette, qu’il tue de belles personnes, pleine de vie, de projets, d’amour, qu’il jette dans une douleur sans fin des parents, des amis, un peuple tout entier, évidemment que ça n’est pas supportable et que ça doit cesser. Cette chasse au mal, à la barbarie, à la bêtise, à la superstition est le devoir impérieux de l’état. Mais déchoir une personne de sa nationalité c’est se dédouaner de ses propres faiblesses, c’est s’identifier au crime en refusant de reconnaître la fragilité de notre statut d’être humain.

Autant j’ai pu spontanément avec une foule d’autres personnes clamer ma solidarité par ces mots « Je suis Charlie », autant je crois devoir reconnaitre que « je suis un terroriste ».  et ne pas exclure mes sœurs et frères dévoyés qui n’en sont pas moins des humains, des français.

Déchoir de sa nationalité une personne ? Un père, une mère d’une personne criminelle refusent-ils de la reconnaître comme étant leur enfant ?