TOTO ( 3)

29/07/2018 23:41
TOTO  (3) 
Les deux mères de Toto avaient bien conscience qu’élever elles-mêmes leur chérubin, à une époque qui cantonnait encore au salon les femmes de leur rang à jouer les potiches, risquait de le handicaper. Aussi lorsque mère-grand, que ses Humanités avaient passionnée, découvrit la bulle pontificale émise en 1539 par Paul III, « Regimini militantis Ecclesiae », acte de baptême de la Compagnie de Jésus, et comprit que le collège des Jésuites était un lieu destiné à faire des futures élites de la nation des combattants victorieux, elle conseilla fermement à sa fille d’y inscrire son rejeton. 
Celle-ci n’hésita pas une seconde pas plus que Toto qui fit comprendre au petit groupe de gamins de son âge qui découvraient hébétés la lice de leurs prochaines années, qu’ils n’avaient aucun souci à se faire, ils venaient de trouver leur chef.
Les gamins de la classe de Toto, encore tétanisés par la froidure du bain pédagogique dans lequel ils étaient jetés, ne purent que confirmer collectivement l’excellence des vertus de leur chef et, émerveillés, en furent rassurés.

Pour les « compagnons jésuites », enseignants-éducateurs, Toto correspondaient au prototype même de la matière noble à façonner. Il était curieux de toutes choses, soucieux d’en comprendre la nature et le fonctionnement. Toto les confirmaient dans le bien-fondé de leur vocation qui était de doter la nation de cadres irréprochables. Il fut rapidement informé de la qualité de certains de ses prédécesseurs qu’on lui proposa comme modèles : Voltaire et le Général De Gaulle. 

Tel est le destin qu’avec ces personnages il partagerait. C’était une évidence. C’est ainsi que Toto comprit qu’il ne devait pas perdre son temps à copiner avec la médiocrité. 
Adolescent, il impressionne par sa virtuosité au piano. Il est admiré, adulé par la gent féminine. Il réalise que vivre en couple est un des tests capitaux auquel est confronté un jeune homme prometteur, qui peut l’enterrer à vie ou le pose dans la Société. Or toute les jeunes femmes qui gravitent dans son ciel lui paraissent frivoles, immatures, inconsistantes. En séduire une serait amusement trop facile, mais dangereux. Mais surtout, qu’en diraient ses mères ? Il ne peut pas leur faire ça !
Or les jésuites, dans leur pédagogie, utilise ce riche outil qu’est le théâtre et Toto se montre, là comme ailleurs, brillant. Son professeur est une femme passionnée et passionnante, dont la vie a donné de la densité. Voilà celle qui lui faut. Elle est très attirée par lui. Il la séduit. Folie ! La vie n’est-elle pas folle ! Elle pourrait être sa mère ! Parfait, il en a déjà deux, elle ne peut que bien s’entendre avec elles. Horreur, scandale, outrage aux bonnes mœurs ! Parfait ! Bousculons tous ces culs serrés ! Ces petits, ces médiocres ! Vivons notre amour au grand air ! Mariage ! Provoc ? Et alors ! Le bonheur avant tout ! Et ça marche, il impose son choix. Et poursuit sa conquête de pouvoirs.
Il devrait pouvoir garnir son carnet d’adresse de personnages en vue, les approcher, voire travailler gracieusement pour eux et pouvoir en être vu comme disciple. Ainsi il flirte avec la philosophie qui pourtant ne l’intéresse que modérément car pas assez efficace à court terme. Elève brillant, qui avait apprit des jésuites l’art du discours, la puissance des mots, il a vite fait de trousser quelques travaux  reconnus par diplômes pour asseoir se réputation de penseur, mais il découvre que seul, le Pouvoir le passionne. Un lieu officiel devrait lui en ouvrir les portes, l’ENA. Il en sort diplômé.
« Administrer » confère le pouvoir. Or le pouvoir des chiffres l’emporte sur les autres, tant il cloue le bec à ceux qui n’en possède pas les clés. Il impressionne. Il fait ou défait les fortunes. Toto infiltre le siège du Pouvoir de l’Etat, le Ministère des Finances. Bonne école. Il approche les puissants, s’y fait reconnaître. Mais le lieu est plein de courants d’air, trop perméable et loin de la réalité, la vraie, la finance mondiale, les banques et une des plus prestigieuses, Rothschild. Il s’y fait embaucher et y prend de l’importance.
Ayant assis son indubitable compétence en matière de finance internationale, il revient vers le Gouvernement français, y joue de son art de séduire. Se fait nommer ministre. Il dispose du budget de l’Etat et en utilise une bonne part pour inviter ceux qui, devenus ainsi ses débiteurs, seront de précieux artisans pour des projets qui prennent corps.