Un président ne devrait pas ...

04/01/2017 23:29

 

 

 faire confiance à certains journalistes.

 

Le livre de Davet et Lhomme qu’évoque mon titre se présente comme livrant non pas des secrets d’un quinquennat mais « Les secrets d’un quinquennat ». Pour afficher  une telle prétention à la une d’un bouquin, il faut être sûr de soi, mais bon, nous n’allons pas commencer à chipoter avant même d’ouvrir le livre. La « com » nous a habitués à ces exagérations qui frisent la désinformation, alors passons.

C’est ainsi que, favorablement disposé, j’ai ouvert ce livre. J’espérais qu’il me ferait mieux connaître un homme que j’ai apprécié dès que je l’ai vu à l’œuvre, tentant de faire cohabiter en relative harmonie un PS agité de courants contraires.

Et j’ai lu. Les dédicaces d’abord, à la page 7. Curieuses ! Mais j’en reparlerai. Puis, la citation de Victor Hugo, une caution. C’est souvent utile de s’y référer. Ici, je ne vois pas bien à qui la citation s’adresse. Patience, je comprendrai sans doute par la suite. Puis arrive la préface. Je la lis distraitement. Je tique bien un peu mais c’est le vrai contenu qui m’intéresse, celui-ci me paraît formel, un exercice de style. N’y attachons pas d’importance. Or il m’a fallu arriver à la page 185 pour tout reprendre à zéro, tant les étonnements s’accumulaient. J’avais dû rater quelque chose. Oui, la préface, que j’avais lu sans trop la prendre au sérieux, tant elle me paraissait, disons, arrogante.

Or les divers chapitres qui se succédaient me disaient un peu de François Hollande, que je trouvais touchant, sérieux, honnête, tel que je l’avais imaginé, mais ce sont les deux enquêteurs qui me posaient problème. En fait, ils parlaient surtout d’eux, de leur grande finesse, de leur intuition aîgüe qui parvenait à décoder sous ce qui paraissait langue de bois la vérité d’un discours que leur interlocuteur tentait vainement, ô le vilain, de leur cacher. Ces deux enquêteurs qui me paraissaient davantage policiers spécialistes dans le grand banditisme que journalistes mondains au Monde, prenant les lecteurs cachés derrière leur miroir sans tain comme témoins de la justesse de leurs analyses. Et plus ma lecture avançait, plus mon malaise grandissait. Je suis retourné à la lecture de la préface.

Et cette fois j’ai compris.

Ils étaient parvenus à profiter de l‘élection présidentielle qui se profilait pour arracher à François Hollande la promesse, s’il était Président, d’un entretien régulier, seul, sans témoin, face aux deux hommes. Promis ? Promis ! Top là.

Les deux larrons notaient que cette promesse supposait la victoire du candidat Hollande. Or cette perspective à laquelle ils étaient les premiers à douter flattait Hollande et l’avait poussé à accepter le marché.

En fait, il s’agissait d’un marché de dupe : François Hollande s’engageait à parler vrai, en toute transparence, les deux compères s’engageaient à utiliser et commenter les propos du Président mais de n’en rien révéler avant le fin de « l’ouvrage », étant entendu, selon eux, que François Hollande n’avait aucun droit de regard, et encore moins de censure, sur le texte émis.

L’un doit faire totale confiance aux deux enquêteurs, sans droit de regard, et ceux-ci auront toute liberté de livrer au public leurs conclusions, non sans avoir vérifié par ailleurs si Hollande ne leur aurait pas menti, « c’est humain ». Eux ne lui font pas confiance !

Il semble effectivement aberrant que François Hollande ait accepté de se livrer, pieds et poings liés, à deux inconnus, mais « journaliste au Monde, journal « centre gauche ».

 « De toute façon, affirment Dupond & Dupont, c’était non négociable. ».

« Il a dit oui, tout de suite, sans réfléchir ou presque. Sans doute étonné que l’on tienne pour acquise son élection, un an plus tard. » (page 13)

 « Quel plus beau sujet d’enquête pour un journaliste qu’un président de la République dans l’exercice de ses fonctions ! »

« Cet ouvrage hors norme est d’abord le produit d’une immersion inédite dans le cerveau d’un homme de pouvoir. Cinq ans dans la tête de François Hollande, en quelque sorte. Il nous a fallu parfois y entrer par effraction.. Mais un peu contraint et forcé, il a fini par s’épancher… ». Ça rappelle étrangement les propos que tiennent les violeurs pour prouver que leur victime était consentante.

« Nous avons le sentiment d’avoir obtenu une sorte de vérité, au final. La « vérité » d’un quinquennat, mais celle aussi d’un homme, candidat évident à sa propre succession, lesté d’une impopularité jamais vue sous la Vème République.

François Hollande n’intéresse plus les Français, si tant est qu’il les ait jamais intéressés. Il indiffère au mieux…L’accusé Hollande  est d’abord coupable de ne pas avoir su parler à ses concitoyens… » (page 14)

« L’accusé Hollande » ! Comment François Hollande a-t-il pu accepter que des tortionnaires le soumettent ainsi à la question durant plus de cent heures. Sans doute du jamais vu en France depuis la Gestapo.

Je suis écœuré.