Un quarteron de sous-mariniers financiers sauve les pauvres riches

14/10/2017 15:58

Pour certaines personnes il n’est pas d’honneur plus prestigieux que de pouvoir accoler à leur patronyme le titre de « PDG de… » alors que pour la majorité des humains cette fonction supposerait d’être quasiment passé par la case « PRISON » ou d’en prendre le chemin.

Les PDG soutiennent qu’ils répondent à une vocation qui consiste à œuvrer pour le bien de l’humanité en permettant à un organisme de produire des biens améliorant la condition de l’espèce, mais aussi en offrant à des individus de quoi vivre décemment. Sans les PDG, pas de vie sociale !

Les non-PDG rappellent à ces derniers que leur action n’est pas philanthropique. Que, s’ils veulent survivre, les PDG sont condamnés à rapporter plus de 15% à leurs actionnaires, et donc à exiger de leurs salariés un rendement plus performant qui, dans l’immense majorité des cas pourrit la vie du personnel.

Alors, lorsqu’un article paru dans le Monde sous le titre de « Pourquoi Thomas Piketty a tort de fustiger la suppression de l’ISF », il ne peut qu’éveiller la curiosité de ceux qui sont d’accord avec l’économiste. Qui donc peut avoir intérêt à proférer une telle absurdité ? Et, avant même de lire le texte, d’en connaître le signataire. L’union faisant la force, ils se sont mis à quatre pour pondre ce bel œuf. C’est dire le poids de cet article, alourdi des qualifications des auteurs : PDG ! Le titre prend tout son sens. Si ce n’est que le contenu, comme dans « Mission impossible » s’autodétruira dès la lecture du message, tant celui-ci  est caricatural. Ce texte est un petit chef d’œuvre de mesquinerie, de rancœur, un témoignage de  haine de la part d’entrepreneurs qui ont un fort sentiment d’injustice en étant ceux qui plongent les mains dans le cambouis alors que des intellos, dont Piketty est l’exemple, noircissent des pages d’insanités qui vont leur faire gagner beaucoup d’argent et l’estime de contemporains naïfs.

Ce que proclament ces personnes, c’est que ce sont eux, les PDG, qui font tourner la machine, qui ont le rôle de méchants sous prétexte qu’ils privilégient les actionnaires à ceux auxquels ils permettent de produire de la richesse, et dont on doit se débarrasser si nécessaire comme on jette une pièce usée à la ferraille. Oui, ce sont eux, les PDG, hommes de terrain qui savent, qui sont eux les experts, les vrais économistes, alors qu’un Piketty n’est qu’un saltimbanque, un beau parleur, qui ne mérite pas le titre d’économiste, un idéaliste populiste qui prétend enrichir les fainéants (faire du néant) et saigner les méritants, les créateurs, ceux qui font fructifier le capital.

De fait, la réaction de ces personnes n’est autre que normale. Plus on est riche, et plus il est difficile de se voir prélever de l’argent :

 « Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin… (il se prend lui-même le bras.) Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris? …

Ces quatre PDG le savent, c’est  évidemment Piketty.