Une CDU française ? Impossible

17/12/2015 14:26

 

  

Je vais me risquer dans ce billet à émettre une opinion alors que ce que je connais de  la situation de la politique allemande est peut-être empreint de clichés. L’Union Chrétienne Démocrate (Christlich Demokratische Union Deutschlands )  reprenant le flambeau du « Centre »  d’avant –guerre, de confession catholique, a été créée en 45 et a dirigé le Pays de 49 à 69 sous la houlette de Konrad Adenauer. Cet homme, ami de De Gaulle, a eu l’immense intelligence et a commis l’exploit de redonner à l’Allemagne, essorée par la catastrophique épopée hitlérienne, sa place parmi les grands pays d’Europe et finalement du monde.

En 1969 sous la présidence de K.G Kiesinger, la CDU/CSU est renvoyée dans l'opposition par l'alliance formée entre le SPD et le FDP, appelée « coalition sociale-libérale ». Cette coalition dirige le pays jusqu’en 73 et contribue à la prospérité économique.

C’est alors que, présentant un projet audacieux dopé par une pincée plus forte de « libéral », Helmut Kohl redonne à la CDU-CSU la direction du Pays, que prendra en main après la brève parenthèse Schäuble, Angéla Merkel.

Or Angela Merkel, apparemment fragilisée pour avoir défendu l’accueil en Allemagne et en Europe des immigrés, vient d’être triomphalement maintenue à la tête de son parti, et du Pays.

Qu’a donc cette femme de si remarquable qui, par comparaison, nous renvoie de Hollande une image bien terne ?

La réponse appartient, me semble-t-il, au peuple allemand lui-même.

Je pense que le bon sens aurait voulu  que, pour son terrible aveuglement assaisonné de veulerie, le peuple allemand soit voué à disparaître de la surface de la planète. Que ce peuple, humilié par le traité de Versailles, ait pu favoriser, encourager, accompagner, fortifier, la folie immonde d’un désaxé nommé Hitler, n’était humainement pas pardonnable.

Il a fallu la solidité et sans doute la Foi catholique d’un Adenauer, pour croire en un pardon possible. Il a su réveiller chez les allemands leur foi catholique ancestrale du charbonnier, tempérée par le protestantisme, pour que la génération montante accepte l’idée chrétienne, surtout pas de l’oubli, mais du pardon. Pardonner à leurs parents leur cécité morale et rebâtir nos seulement les édifices de pierre, les structures politiques, mais aussi la conscience de ce qu’est la dignité humaine.

« De profondis clamavi ad te, Domine ! »

Les Allemands reviennent de très loin.

Pourquoi, chez nous en France, les choses vont-elles si mal, alors que, bon an mal an, nous paraissons être restés du côté des vainqueurs ? Grâce à De Gaulle et à quelques résistants, nous avons eu l’impression d’avoir gagné la seconde guerre, rien à se reprocher, Maurras, la collaboration, les femmes tondues, oublié tout ça. Nous vivons perpétuellement dans le déni, et ça continue : Les régionales ? Tout le monde a gagné !

Et pourtant nous avons des atouts.

Le socle (fragile) de la démocratie. La laïcité : notre pierre philosophale. Cette exigence doit permettre à chacun de vivre selon ses possibilités, ses convictions intimes, et qui devrait faire cohabiter tous les citoyens en bonne intelligence, nous contraindre à maîtriser la bête immonde de la haine qui sommeille en tout être humain.

Pour moi à présent, cette vertu primordiale n’est pas religieuse, pas « chrétienne », car qui dit « chrétien » dit « oingt », dit « Jésus est Dieu ainsi investi par Dieu le Père ». Or pour moi, et pour d’autres aussi, je crois, Jésus n’est pas un dieu, mais un homme génial, généreux, lucide, qui dès son adolescence - période de chamboulement et de générosité -  a refusé de se soumettre aux lois barbares et iniques de la société de son époque et qui s’est battu jusqu’à la mort pour que la personne, collectivement ou individuellement,  soit respectée. Il a posé sa première pierre en y gravant sa devise : « Aimons-nous les uns les autres ! »

Jésus est l’homme politique qui, prenant modèle sur la sagesse grecque, a inventé l’humanisme, a fondé les soubassements de notre civilisation.

Or le FN a recueilli 6 millions 8 suffrages ! Est-ce à dire que toutes ces personnes, et sans doute au moins autant qui ne se dérangent même plus pour voter, prônent l’idéal de haine et d’égoïsme que proclame le FN ? Sans doute pas. C’est le seul moyen qu’ont trouvé ces personnes pour hurler leur colère de ne pas exister dignement dans une société qui les ignore, tous partis confondus.

Et, selon moi bien sûr, étant donné le monstre législatif, administratif, que les politiques ont successivement bâti, obèse, stérile, la France est ingérable. Centralisée à l’extrême, le pays bâillonne les citoyens, entrave les départements. Les régions sont réduites à n’être que des exécutantes et non des länder. Tout se décide en haut, à l’aveuglette, selon des théories et non en fonction d’une réalité, celle de la vie quotidienne.

La France, ingérable, sera condamnée  à disparaître si elle ne remet pas totalement à plat toute sa machinerie et ne la rebâtit pas selon son idéal humaniste.

Volonté politique exceptionnellement courageuse, effort immense demandé à chaque citoyen, si nous n’en sommes pas capables, notre nation disparaîtra.