Une choucroute/Chantilly ?

12/12/2015 17:04

 

Voilà, selon moi bien sûr, ce qu’auraient donné les résultats d’une fusion de la liste PS avec celle des droites, un plat d’autant plus immangeable que je ne vois plus du tout la différence entre le FN et la partie de la Droite soumise à Sarkozy. Auparavant, Sarkozy se différentiait du FN par la proclamation de son allégeance à la démocratie, même si les actes contredisaient totalement le discours. A présent que le masque est tombé, on ne sait plus bien qui des deux partis est le plus fasciste. PR ou FN ?

Si bien que j’ai applaudi au refus de Jean-Pierre Masseret et de ses colistiers de fusionner avec les droites. On sait sans confusion possible qui sont ces gens qui se disent socialistes et ce qu’ils représentent, un certain humanisme, même si le Gouvernement socialiste semble avoir complètement oublié ceux pour lesquels il était censé se battre. Peut-être celui-ci a-t-il essayé mais le taux démentiel du chômage est là pour prouver son échec.

Or si cet échec était signalé de manière abstraite et globale, 10.5 % en avril 2015 , ce premier tour des élections régionales a donné le nombre écrasant des personnes disant chacune, individuellement, en faisant l’effort unique pour certains de se déplacer, leur fureur et leur  exaspération.

Manuel Walls aurait déclaré que Marine Le Pen à la tête du Pays c’était la guerre civile, je pense plutôt que, pour l’instant, cette personne permet de l’éviter, car elle a servi pour ce premier tour de soupape de sécurité, en offrant aux révoltés l’occasion de dire leur ras-le-bol.

Quid à présent du second tour ?

Si la révolte des délaissés pour compte fait place à la raison, ce qui me paraît assez peu probable tant  les dégâts sont importants, beaucoup de personnes estimeront suffisant leur hurlement que ne peut pas, à moins d’être pathologiquement sourd ou stupide et malhonnête, ne pas avoir été entendu. Il reste encore un peu de temps à  Hollande et à son Gouvernement pour réagir massivement et sans ambiguïté. Alors le parti socialiste aura une petite chance de redresser la barre, notamment à la tête des régions, et de mener une politique huamniste.

Mais si  le désespoir des malmenés est tel que ceux-ci refuseront de courir le risque d’être une fois de plus bernés, alors le FN aura toutes ses chances de fédérer durablement le mécontentement.

Ce sera la fin du monde pour beaucoup.

Pour moi, non. Ce serait plutôt la fin du FN  contraint de se dissoudre et de changer de politique sinon  les nouveaux arrivants comprendraient vite qu’ils se sont trompés de porte et ont été utilisés. Le FN deviendrait alors le parti des gueux, des miséreux, exigeant les moyens de vivre décemment, et il aura peut-être quelques chances de réussir là où la Gauche a failli.

Si le FN, tout fier d’avoir recruté autant de sympathisants ne change pas, reste fidèle à lui-même, un parti fasciste prêchant haine de l’autre et repli, alors il apprendra à ses dépens que les pauvres sont gens généreux, et ne s’y reconnaissent pas. Le succès du FN sera une fois de plus un simple feu de paille, un banal exutoire.

Pourtant, la situation n’est pas si simple. Je pense au Grand Est dont je suis originaire et que je crois assez bien connaître encore. De la partie « Champagne », bien que j’y aie des amis qui y milite à gauche, je ne connais pas trop la situation. Elle me semble, vu sa réputation, peuplée de gens posés, sûrs de leur richesse qui leur vient de la terre, fidèles à la tradition, et donc plutôt d’une droite frileuse. Je connais un peu mieux les Ardennes, et la Lorraine bien sûr. Même si leur population dans sa diversité de culture, de richesses ne connait pas le même sort, une grande partie reste marquée par l’écroulement de son industrie minière et sidérurgique. Les blessures sont profondes et durables, et non seulement physiques, matérielles mais morales. La disparition du métier de mineur a causé des plaies d’une profondeur insondable, car, la solidarité entre les travailleurs et d’une génération à l’autre, avait cette intensité que l’on ne trouve que, je crois, dans les  métiers difficiles à grand risque, chez les sidérurgistes par exemple. C’était un mode de vie d’une beauté morale telle qu’elle  créait chez ces travailleurs un monde à part, exceptionnel, les habitait d’une fierté incomparable qu’ils transmettaient à leurs enfants. Or la fermeture des puits, l’arrêt des hauts-fourneaux furent vécus comme des assassinats, des suicides, des dépressions dont on ne se relève pas.

Les technocrates, même de bonne volonté, il y en eut, face à la détresse de cette fin d’un monde n’y ont pas pu grand-chose. Ou n’ont pas voulu voir. Les nombreuses personnes touchées par cette misère, en désespoir de cause, se confie au FN.

Or la si belle et accueillante montagne des Vosges, qui pourrait constituer un espace de rencontre entre lorrains et alsaciens est en fait un obstacle quasi infranchissable. Son flanc Ouest, lorrain, arrête les nuages et en fait une région verdoyante, son flanc Est, l’Alsace, plus ensoleillé, favorise la vigne et la fête. Mais c’est tout le sillon rhénan qui bénéficie depuis des millénaires d’une opulence qu’il préserve jalousement. Les Alsaciens en ont très conscience et ont, je crois, mais, lorrain sui-je très objectif ? tendance à mépriser leur besogneux voisins. Alors quand un découpage qu’ils jugent pour la plupart inique, les faits cohabiter avec des pouilleux, ils se révoltent, pas question de partager et pour protester, ils votent FN . Ils vont donc se retrouver dans le même parti que ceux qu’ils fuient, et pour des raisons opposées. Conserver sa richesse, perdre sa pauvreté.

Futur panier de crabes ou espace de fraternité ? On en saura plus dans les semaines qui viennent.