Vous, les athées (et doncmoi y compris, n'allez surtout pas raconter que Pâques n'est pas une belle fête !

21/04/2014 16:26

Je viens de voir défiler sous ma fenêtre une procession de gamins dont quelques parents modéraient la ferveur. Ces grandes personnes, plutôt décontractées, priaient. Elles priaient leurs petits, de ne pas lever les yeux au ciel, car c’était fini, les cloches étaient passées et avaient réintégré leur nid, le clocher de l’église, mais de bien surveiller les talus bordant le chemin. « En effet, annonçaient les parents avertis, ces messagères de paix, de retour de Rome, nous ont pondu des œufs, des œufs en chocolat !»

Les nourrissons en poussette trépignant d’impatience, las d’être gavés, souhaitaient ardemment devenir aussi grands que ces bouts de chou de trois ans qui bondissaient à trois sur l’objet convoité.

Les âgés supérieurs et sages, sans en avoir l’air, le regard circulaire, survolant le paysage, repéraient vite fait les friandises cachées, se dépêchant lentement pour ne pas alerter un possible rival. Ils ne se doutaient pas qu’en s’adonnant ainsi à cette subtile manœuvre, ils s’entraînaient à l’approche infiniment plus sérieuse, non plus d’un œuf cette fois, mais d’une poule pondeuse. Le perdant en serait chocolat.

Suivaient en retrait les plus grands, ceux qui ont franchi l’âge de raison et regardent avec condescendance  ce petit monde joyeux et tout plein d’illusions. Eux savent.

Ils savent que les cloches ce sont de gentils parents qui ont semé des œufs en chocolat tout au long du chemin, comme le Petit Poucet les cailloux. Ils savent aussi que ce faisant, les adultes ont ressuscité, heureux, un peu de leur enfance et se sont éblouis par avance de ces diamants de bonheur que leurs petits conserveront précieusement tout au long de leur vie.

Ils sont un peu tristes, ces grands, de se savoir grands, d’avoir quitté le monde merveilleux de la petite enfance, de ne plus croire à l’immense bonté de Saint-Nicolas, ou même à la vulgarité étatzunisienne d’un Père Noël laïc.

Ils refusent encore, ces grands, trop proches de l’enfance, d’en vouloir à leurs parents de les avoir trompés, de leur avoir laissé croire à ce  paradis qui leur ferait oublier cet enfer sur terre, alors qu’ils découvrent la course infinie au savoir, plus corvée que plaisir, d’autant plus qu’ils devraient être sourds et aveugles pour ignorer qu’ils seront sans doute de futurs chômeurs.

Quant aux encore plus âgés, ceux qu’on nomme les « ados », Ils ne sont plus de ces fêtes trop stupides, pas assez excitantes. Ils ont d’autres choses à faire, entre jeunes et très loin des parents, comme se bourrer la gueule et téter un chichon. Ne faut-il pas, n’est-ce pas, que jeunesse se passe ?

Quatre heures sonnent au clocher. Sûr, les cloches ont réintégré leur nid.